1975. Cleveland, USA. Harvey Pekar se débat entre le naufrage de son second mariage et une maladie qui le rend aphone. Il vivote comme simple archiviste dans un hôpital. Une vie anonyme, un boulot anonyme, très loin des super héros comics. Jusqu'au jour où il décide de se mettre en scène dans des bd. Il y raconte sa vie, sans fioriture. Le tout mis en dessin par des pointures du genre comme Robert Crumb. "American Splendor" est né.

Plus belle ma vie

american-splendor-25a7d.jpgLa vie d'Harvey Pekar n'a rien d'un super héros. Cela n'a pourtant pas empêché ses BD de devenir cultes. S'il signe les scénarii généralement basés sur sa vie quotidienne: ses angoisses quand sa fille adoptive ne lui donne pas de nouvelles pendant une heure, réussir à déboucher les toilettes ou même réussir a ne pas perdre patience quand une vieille dame monopolise la caisse du supermarché. Tous ses petits évènements du quotidien, au demeurant anodins il les couche sur le papier. Plusieurs dessinateurs de renoms se sont succédés pour les illustrer. L'un deux est le non moins fameux Robert Crumb créateur de Fritz the Cat.

Outre Robert Crumb, de nombreux dessinateurs vont collaborer autour du personnage et de ses histoires. On trouve Dean Haspiel, Gary Dumm, Greg Budgett et Mark Zingarelli. Le succès d'"American Splendor" vient de son personnage central, Harvey pekar, qui ne raconte rien de plus que les peripéties les plus banales de sa vie d'archiviste. "La vie ordinaire est plutôt une chose compliquée" comme il aime à le dire. Et c'est ce qui fait sa force, son originalité.

pekar.jpgComme le dit Dean Haspiel cité dans le NYtimes

Harvey was like the original blogger, before there was an Internet,” said Dean Haspiel, an artist who worked with Mr. Pekar on “American Splendor” and “The Quitter,” his memoir. “He was ‘Seinfeld’ before ‘Seinfeld.’ Comics, which had been power fantasies for 12-year-old boys, could now be about anything

Harvey s'était créé un personnage comme le font les bloggueurs d'aujourd'hui en jouant avec l'autofiction, en racontant leur quotidien. L'humour grincant, le cynisme et un certain pessimisme, tout cela faisait de lui un personnage attachant. Et si auparavant les comics avait été longtemps monopolisés par les supers héros, Pekar ouvrait la voie sur un nouveau genre, totalement nouveau à l'époque, la non-fiction. Publié depuis 1975 aux USA et récemment traduit en France un peu grâce au succès du film, Pekar est devenue une figure du mouvement undergound de la bande dessinée US. Parallèlement au dessin, Harvey est aussi réputé pour ses critiques de jazz. Il signera même un opéra jazz, "Leave me Alone!" qui sera joué en 2009.

Du livre au film

american.jpgEn 2003 sort l'adaptation cinéma de la série "American Splendor". Si Harvey Pekar est connu de quelques uns aux USA et peut-être de quelques amateurs éclairés en France, j'avoue avoir entièrement découvert l'auteur et son oeuvre avec ce film. Le film raconte comment Harvey se décide à mettre sa vie par écrit, sa rencontre avec femme Joyce Brabner, comment les comics commencent à être un succès relatif, ses passages houleux dans le David Letterman Show d'où il se fait virer à la fin des années 80 à cause de prise de position en direct vis à vis de général Electrics qui à l'époque venait d'acquérir NBC. Pekar est resté très amer sur cette expérience, estimant que Letterman ne l'invitait pour qu'il joue une parodie de lui même et que cela n'a pas plus aidé à la vente de ses livres.