To the Cantada and beyond

howard_the_duck_1986.jpgDepuis quelques temps déjà la Cantada s'est taillée une bonne réputation dans la diffusion du nanar et du navet. Dans une salle surchauffée on se délecte des plus gros ratages cinéphiliques jamais commis. Et ce jeudi à l'affiche le plus gros gadin de George Lucas, "Howard The Duck". L'évènement a drainé pas mal de néophytes et mais aussi son lot d'habitués.
En accord avec le thème de la soirée, les hauts parleurs de la salle diffusaient le générique de ...30 millions d'amis. Puis vinrent quelques extraits bien goûtus, en rapport avec le petitesse au cinéma. Extraits divers, mêlant Ewoks effectuant le moonwalk, Trolls2, Critters2, Mini moi dans "Austin Powers", Chuky, et en fil rouge Passe Partout de Fort Boyard s'essayant à la chanson, autre désastre s'il en est.
Le clou de cette introduction étant bien sûr un concours de grignotage d'épis de maïs.

Le Vilain Petit Nanard

16-1.jpgA la base de ce naufrage, il y a une BD. Editée chez Marvel, dessinée par Steve Gerber et Val Mayerik. qui commence à paraître en 1973. Howard the Duck n'a jamais réussi à avoir le succès d'un Spiderman ou autre super héros, il est toujours resté minoritaire et ses apparitions restent rares, du fait de son côté ridicule: on a toujours plus de mal à croire un canard bottant les fesses d'un mutant qu'un Spiderman zigzaguant entre les immeubles.

"Même si l'idée pouvait paraître ridicule, on pensait qu'il y avait peut être matière à faire quelque chose de divertissant et d'inhabituel" Gloria Katz

Mais quelle mouche a piqué George Lucas pour qu'il adapte ce genre de comics? Il lorgne sur la BD depuis sa parution et se met au travail avec ses collaborateurs dont certains rencontrés sur "American Graffiti". Ils discutent avec l'auteur, Steve Gerber, pensent un temps à situer l'histoire à ... Hawaï ("Parce que ça aurait été plus fun", confie le réalisateur) puis se ravisent, en préférant expliquer comme Howard arrivait sur Terre.Mais l'histoire n'aura aucun rapport avec la bd. Ici, Howard n'est pas un super héros, juste un canard accidentellement téléporté sur Terre.

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"Tim Robbins a compris le script - à savoir qu'il était idiot et ridicule"

Le casting voit l'arrivée de Lea Thompson (mais si, la maman de Marty Mc Fly, dans "retour vers le futur", ça va vous situez?), Jeffrey Jones qui sortait d'Amadeus et Tim Robbins encore tout débutant à l'époque. Mais la production hésite encore, entre un film en "live" ou un film en animation. Mais la technologie de l'époque ne le permet pas et Universal presse un peu pour sortir le film pour la période estivale. Mais très vite le tournage devient un enfer: les robots et les marionnettes d'Howard ne marchent pas, les proportions ne sont pas bonnes. En gros la technologie du moment ne permet pas la réalisation d'un tel film et le réalisateur de le confesser 20 ans plus tard: "'Cela, Je l'ai compris tout de suite''".

Chroniques d'un désastre annoncé

howardduck5.jpg "On tournait et à un moment, Howard ouvre la bouche. Et là on peut voir tout l'intérieur de la marionnette, un peu comme un Terminator. Et tout le monde sur le plateau s'est tu, car c'était un désastre". Mais au fur et à mesure du tournage, la technologie évolue, les robots et les marionnettes aussi.Le réalisateur décide de "retourner" les scènes précédemment tournées afin de les améliorer.
Si au début Howard est "interprété" par un gamin de douze ans, on comprend très vite qu'il aura du mal à se faire au costume. On engage alors une personne de petite taille, Ed Gale. Jusqu'à trois personnes (dont une femme) vont se succéder sous le costume d'Howard. Précisons aussi que la "voix" d'Howard sera rajouter en post prod, le costume empêchant d'entendre la voix de l'acteur à l'intérieur.

Il leur faudra plus d'un mois pour finaliser ensuite la scène du restoroute, car cette séquence mélange deux types d'effets spéciaux, les effets "en direct" et ceux qui seront rajoutés en postprod. Autre difficulté et de taille, la poursuite en ULM qui deviendra "une sorte de second film tourné simultanément au notre" dixit le réalisateur.

Howard-The-Duck.jpgSéquence "monumentale", tournée en réel (aujourd'hui les plans rapprochés des acteurs seraient tournés en studio sur fond vert), le tout coordonné par Joe "Jumanji" Johnston . A un moment ce sont quasiment trois équipes techniques qui tournent en même temps, crevant le plafond du budget. Pour animer le Homard mutant de l'espace, le Dark Overlord, on fait appel à Phil Tippett. Aujourd'hui là aussi la bestiole serait entièrement en image de synthèse. A l'époque c'est de l'image par image, comme Ray Harryhausen. C'est à vrai dire, la seule grande réussite du film. On peut d'ailleurs voir une certaine familiarité de cette bestiole avec l'extraterrestre de MIB.

Bec dans l'eau

"Quand on a montré le film au studio, ils n'ont pas eut de réaction. Ils ont simplement ri. Et j'ai dis à George, j'ai la sensation que c'est mal barré"

Une fois le tournage terminé, les effets spéciaux et le doublage d'Howard et de la Crevette de l'Espace réalisés, toute l'équipe retient son souffle. Est-ce que le public est prêt à adhérer à cette histoire de canard de l'espace flirtant avec une humaine? Si le studio est quelque peu échaudé, les projections tests sont rassurantes. "Le film a-t-il été mal compris? Etait-il trop en avance? C'est un film sur un canard de l'espace, pas une expérience existencialiste" se demande Gloria Katz, la productrice. On serait tenté de répondre - mais ça ferait preuve de méchanceté, chose que nous à CinephilME nous ne possédons pas - que le film est sans doute tout simplement trop mauvais. On notera la présence au générique du compositeur John Barry, qui est loin d'être un inconnu. Encore une signature de pointe dans ce film hors-norme....

"J'avais acheté une télé avec un énorme écran, juste pour voir les émissions qui parleraient du film, j'avais invité mes potes pour regarder. Et là ça été "Et notre prochaine critique est "Howard The Duck", mais quelle m...." Ed Gale

Le film est très mal reçu par la critique, la gamelle financière est sévère, et toute l'équipe du film accuse le coup. Seul Lucas reste optimiste "Dans 20 ans le film sera redécouvert et il apparaîtra comme plutôt bon dans son époque". Mais sur le moment on frôle le drame financier. Le film a coûté 30 millions de dollars, il en rapporte le tiers. Lucas se débat dans son divorce et la construction du Skywalker Ranch. Pour sauver les meubles, il vend la partie animation de son studio d'effets spéciaux ILM. Quelques années plus tard, ce même studio d'animation deviendra... Pixar. Plus fort, il est même contrait de fermer quelques mois le fan club de StarWars.Et "Howard the Duck" de succeder à "la porte du paradis" au dictionnaire hollywoodien de l'infamie au mot "BIDE". Et paradoxalement, cela suffira à élever le film au rang de film culte, de film de la honte.
Deux ans plus tard, Lucas sortait "Willow", qui fut un succès planétaire, critique et public. Il tournait la page d'Howard tout en sachant qu'il trânerait derrière lui cette sacrée casserole pour des années (on a même un petit clin d'oeil dans le final de "George Lucas in Love")....

Et le navet va

howard-the-duck-1986-03-g.jpgHélas pour lui Howard n'est pas un nanar. Il aurait mieux fallu. Car le film outre d'être un ratage à tous les niveaux (mise en scène absente, acteurs qui se demandent comment jouer face à un canard et un Tim Robbins hystérique) est aussi prodigieusement ennuyeux, dans sa première partie, sans aucun enjeux. Howard n'est qu'un navet (mais pas n'importe lequel). S'il avait été commis par un tâcheron anonyme, le film serait depuis longtemps passé à la trappe et plus personne n'en parlerait. Mais le cachet "produit par George Lucas" a fait de lui une curiosité, un film culte sans parler des légendes urbaines du ressentiment de Lucas vis à vis du film: on a parlé de négatifs cachés dans un coffre fort du Skywalker Ranch, de blocage de la sortie dvd etc etc..Sans rajouter les innombrables questions autour du film : comment peut on passer d'un succès mondial comme StarWars à un bide comme celui-ci?

Au fur et à mesure le film devient un OVNI (Objet visuel nul et incompréhensible). On se gausse des coiffures du personnage de Bervely, croisement improbable entre Madonna et Cindy Lauper, la malheureusement jeune fille arborant sur la tête un panorama assez impressionnant quoique non exhaustif de toute la bêtise capillaire des années 80. L'histoire est très mal amenée, il faut attendre quasiment la moitiée du film pour comprendre le pourquoi du comment de l'arrivée d'Howard sur Terre, comme si les auteurs avaient cherché plus à travailler l'absurdité de sa présence parmis les Humains et sa façon de vivre dans une société humaine. Puis le film embraye sur l'arrivée des Homard de l'Espace. La scène dans le restoroute symbolise à elle seule toute la nullité du film. Acteurs grotesques, mise en scène plate, et tous les artifices d'ILM n’empêchent pas le naufrage que l'on sent poindre.

Seul l'affrontement final vient relever la sauce, avec l'apparition de la créature de l'espace, merveille d'animation image par image, qui n'a rien à envier à ses descendants numériques. On se pince même pour le croire tant la bestiole est superbe à l'écran, véritable vitrine du savoir faire d'ILM.
Détail purement chauvin, mais pour le public français qui regarde le film aujourd'hui et pour ceux qui auront été bercés par les VF de retour vers le futur, on s'amusera à noter que Jeffrey Jones est doublé par celui doublait Christopher "Doc Brown" Lloyd, que la voix française de Tim Robbins est la même que celle du père de Marty Mc Fly. Mais le clou du film restera à jamais cette scène prodigieusement WTF quasi zoophile où Lea Thompson flirte avec Howard....


Howard the Duck- Widescreen Finale
envoyé par karcreat. - Court métrage, documentaire et bande annonce.