poster-battle-Los-ANgeles.jpgDécidément quelqu'un en veut à Los Angeles. A peine deux mois après "Skyline", voilà qu'on remet le couvert et la côte Ouest se fait toaster méchant par les ET's venus refaire leur stocks d'eau. Mais par chance, les Marines vont sauver Santa Monica, Rodeo Drive, la ville et le monde. Ouf. Dis comme ça c'est complêtement con. Sauf que c'est comme ça. Ah.

La bande annonce était superbe, du moins le teaser. Les plans semblaient léchés, les acteurs solidement campés, on allait en avoir pour notre argent, on allait moissonner du ET façon Bataille de Falloujah, il y aura du sang, de la poussière, des obus qui éclatent partout, on va être sueur sur nos fauteuils et ce truc renverra "Skyline" dans le néant, là où il n'aurait jamais du sortir. J'ai envie de dire qu'on s'est fait sacrément avoir, mais profondément.
Alors pour que l'on se répète "PLUS JAMAIS CA", voici un petit récapitulatif des choses à faire ou ne pas faire dans ce genre de scénario, surtout toi, petit scénariste en herbe qui carresse le rêve secret et parfaitement inavouable d'écrire une énième invasion d'extra-terrestres peu amènes.

1) Tu ne feras pas de notices biographiques de tes personnages en générique d'ouverture

Parce que le spectateur s'en balance pas mal et il ne se balade pas au cinéma avec un calepin pour y noter les noms, prénoms, et matricules de tous les personnages surtout ceux qui ont sur le front tatoué "EH j'vais crever dans la 1/2 heur de l'invasion, c'est balôt". Prenez exemple sur "Independence Day", ( on ne rigole pas) chaque personnage est présenté pas forcément dans l'ordre d'importance du script. Pas de nom, et même Will Smith censé être la tête d'affiche apparaît... à la vingtième minute.... Donc les présentations des personnages, tu évites.

2) Tu ne donneras pas de coups de pieds dans la caméra pendant que ton chef opérateur fait son plan

Battle-Los-Angeles-Affiche-.jpgOui je sais tu aimes beaucoup cet effet "réel" qui est naît avec la série "Bourne", repris dans "Casino Royale" et qui se propage un peu partout dans le cinéma actuel. L'effet "Bourne" est devenu "l'effet casse Burne". Cet effet, c'est une sorte de cancer du cinéma. Si à ses débuts c'était une vraie nouveauté, qui apportait une nouvelle approche du réel, caméra à l'épaule, spectateur qui se retrouve presque à courir avec le héros. Aujourd'hui c'est devenu fouilli, lourd et on en est à deux doigts de choper le mal de mer et de chercher le sac à vomi sous le siège de devant. Et "Battle LA" c'est un condensé magnifique de cette horreur qu'on veut nous faire avaler pour dire "plus vrai que nature". Non ça suffit, même sur certaines scènes des plus simples le caméraman semble être pris de convulsions comme si on le chatouillait hors champs.

3) Tu nous épargneras le passé de tes personnages.

Tu te dis que tes personnages ont besoin d'épaisseur, de trucs forts, sensibles, qu'on pleure avec eux, qu'on sorte nos mouchoirs, que derière la paire de couilles habillées en kaki il y a un homme sensible. Ouai. Mais on s'en fout en fait. Le cliché "Bon je me casse de l'armée - oh non steuplait reste" c'est lourd. Le cliché "j'ai perdu un bataillon d'homme lors de ma dernière balade en territoire ennemi", c'est interdit au cinéma depuis 1956. Le soldat qui se sent coupable mais se rappelle par coeur les matricules de ses soldats - oui bon moi je me souviens de l'ordre de diffusion des épisodes de Manimal - c'est LOURD. Rajouter à cela une pseudo confrontation entre un homme ayant perdu son frère à cause de lui, secouez, servez frais, riez.

4) Tu créeras des personnages auxquels le spectateur peut s'identifier.

battle-los-angeles1.jpgTu penses vraiment que le spectateur lambda va s'identifier à cette bande de bidasses? Si tu veux que le spectateur puisse se sentir un tant soit peu concerné, offre lui des personnages référents, qu'il puisse sentir un peu concerné. Là à part un gentil latino et son gamin, la vétérinaire, tu nous offres pas grand chose. Le civil on le voit à la télé entrain de fuir ou allonger dans l'herbe un trou dans le crâne ou brûlé vif au volant de 4x4... Certes dans ce genre de configuration, à savoir une attaque surprise d'Aliens, c'est l'armée qui se retrouve en première ligne, mais deux ou trois personnages non-militaires cela n'aurait pas été de refus, juste pour souffler et sortir de cette ambiance tout-kaki.Prends exemple sur "War of the Worlds". Les militaires apparaissent en second plan parce que au fond, certes il font leur taf de casser du ET mais est ce qu'on s'en préoccupe vraiment? Ou alors tu tentes de marier les deux. Et d'essayer de donner une certaine empathie.

5)Tu éviteras le coup du "Il ne peut plus rien nous arriver d'affreux maintenant"

Tes personnages viennent d'échapper à une mort atroce? Ils sont sur le point d'évacuer? On leur promet un hélico sachant que la zone n'est pas franchement sécurisée? Tes personnages montent dans l'hélico tout sourire, on se fait les adieux, "mec tu referas bientôt du surf" "t'inquiète je finirai cette cassette de mix pour toi". Et puis OH SURPRISE un astronef ET débarque et dézingue ton appareil et tous les gentils personnages y sont morts. Bravo. Tu as eu ton diplôme de scénariste dans un paquet Bonux et tu prends un peu le spectateur pour un demeuré. D'ailleurs on notera que les Frères Strause non content d'avoir pillé l'idée du film pour leur "Skyline" ( Sony leur a collé un procès aux fesses pour "parasitage" après qu'ils aient surpervisé les FX de "Battle LA et monté leur projet de leur côté, mais moi j'aurai porté plainte pour "stupidité crasse") réutilisent quasiment la même scène "Eh regardez on a hélico on est sauvés. Ah ben non en fait."

6)Tu ne feras pas de pathos si tu ne sais pas le faire.

Battle_LA-650x302.pngColler un background tristounet et lourd à ton personnage ne le rendra pas plus "cool" aux yeux du spectateur, surtout s'il est aussi inexpressif qu'Aaron Eckhart . Tu éviteras aussi le "Donne cette lettre à la femme de Martinez, il est mouru et je ne suis pas sûr de revenir en entier". C'est un cliché de la taille du Texas que tu nous sors là. Si tu fais clamser un civil essaye de le faire avec style, panache. Pendant le générique tu nous serts le nom de tous tes soldats, dont la moitié s'est pétée la gueule dans l'hélico il y a une demie heure et tu nous demandes de verser une larme sur ce gars qu'on connaît même pas... Ne parlons pas de la relation père fils qui tient de la blague. On va mettre ça sur le dos de la grève des scénaristes. Oh wait...

7)Tu n'oublieras pas que c'est un film de fiction et non une pub pour l'Armée de Terre

Certes on passe le film entouré de soldats et bidasses, avec leurs codes, leurs histoires. Mais est-ce une raison suffisante pour leur faire réciter à tout bout de champs le code d'honneur du parfait Marine? Pour qu'ils se muent en supers soldats prêts à tout? Est ce que quand tu as écris ta scène finale lorsque le groupe à peine rentré se décide à repartir au front, tu n'as pas eu la sensation d'en faire un peu trop? Et que cette scène ferait plus rire qu'autre chose? Que tout le film est traversé par cet aspect bizarre qu'on assiste non à un film de fiction mais une publicité de deux heures sur l'US Army? Ou du moins était-on obligé d'avoir une approche aussi caricaturale du soldat dans ce qu'il a de plus "beauf"?

Voilà comment on pourrait résumer ce "Battle LA", un mélange peu subtile d'héroïsme de pacotille lié à une avalanche pyrotechnique. On retiendra et c'est bien la seule chose, des décors de destructions absolument somptueux. Mais on regrette que le gros des combats se déroulent dans les faubourgs de LA et non à downtown. Les personnages sont tous aussi impersonnels que les autres, hormis Aaron Eckhart et Michelle Rodriguez. Mais même Eckhart semble absent dans son jeu, étonnemment peu crédible dans son rôle de Marine qui souffre dedans lui. Quant à la réalisation, à vouloir secouer la caméra pour donner une sensation brut de décoffrage, elle donne la nausée, rendant les scènes absoluments illisibles.

"Battle LA" c'est la montagne qui accouche d'un souriceau, mort-né.