Dude where's my script?

inceptionsp.jpgDans les deux cas on a affaire à un film alambiqué, c'est à dire que sous couvert de ce qui pourrait être un blockbuster de plus on nous sert une histoire surtravaillée. Dans les deux cas on va faire appel à la reflexion du spectateur, à son opinion propre et il ne sera pas rare d'avoir plusieurs versions différentes en interrogeant plusieurs spectateur.
Mais dans le cas de "Sucker Punch" la reflexion qui se veut être surtravaillée échoue lamentablement - au sens qu'elle perd littéralement le spectateur en cours de route et pire, quand on examine chaque pièce du puzzle séparément, rien ne tient debout, les contre sens font effondrer l'histoire sur elle-même.
Alors que pour "Inception" les pièces peuvent être prises séparément, amènent à des chemins de reflexions complêtement différent, pouvant changer le sens final du film sans que cela remette en cause l'histoire.

Dans "Sucker Punch" les pièces s'emmêlent et se démèlent, ne laissant voir qu'un chaos informe, une histoire singulièrement mal construite. Que l'on prenne n'importe quelle hypothèse de lecture du film, que l'on se place dans le cas d'un rêve de Baby Doll ou de Sweet Pea, tout finit par se contredire, rien ne tient la route, aucune logique. Un exemple parmis tant d'autre : si comme certains l'ont dit il s'agit de Sweet Pea que lon lobotomise à la fin, que Baby Doll n'est que la projection de Sweet Pea, qui est donc cette fille qui de l'aveu même du médecin Gorsky aurait réussi à s'échapper? L'épisode final de la lobotomie en lui-même ne tient pas non plus la route d'un point de vue scénaristique: comment Gorsky laisserait-elle faire une opération se réaliser sous ses yeux sans se rappeler qu'elle n'en a jamais donné l'ordre? Pas d'explication.

Parcours flêché

inceptionsp2.jpgDans "Inception" le spectateur est parfois promené, un peu perdu, le scénariste jouant à plusieurs reprises la cartes de l'ambiguité entre rêve et réalité. Mais au final, il ramène toujours le spectateur dans le droit chemin, par une pirouette. Il s'autorise une seule fois à ne pas le faire, à laisser le spectateur dans l'incertitude (volontaire). mais là c'est au spectateur de choisir. Il ne triche pas.
Dans "Sucker Punch" le franchissement entre "réalité" et "fantasme" ( c'est à dire la réalité augmentée de Baby Doll bien que comme dit auparavant on ne sait MEME PAS s'il s'agit bien de Baby Doll ou de Sweet Pea) n'est jamais expliqué ni balisé. Le spectateur se retrouve plongé d'un seul coup dans un univers qu'il ne connaît pas, libre à lui de se débrouiller avec les informations qu'on lui donne. Il comprend rien? c'est pas grave, qu'il se contente de suivre.

Et surtout, les évènements se déroulant dans le "fantasmé" trouvent leur écho ou leur source dans le "réel". Sauf que de ce réel, dans "Sucker Punch" on ne verra RIEN. Si dans "Inception" les modification de gravité pouvaient impacter le rêve, ici certains évènements sont retranscrit dans le fantasme. La seule fois où Zack Snider s'autorise un montage alterné entre les deux mondes, c'est lors du coup de couteau qui vient frapper un des personnages. Sans parler de l'handicap numéro un du film, le choix de ne pas montrer les séquences de danses censées etre la retranscription des scènes de combats.

Sucker-Punch.jpgA trop vouloir rendre flou son récit pour lui donner de la substance, à crypter et recrypter les informations, Snyder perd son spectateur qui à la désagréable impression que a) on se moque de lui b) depuis le début le scénariste ne sait manifestement pas de quoi il parle alors il imrpovise et espère retomber sur ses pieds dans une pirouette finale du genre "Eh regardez vous voyez, je vous ai bien eu". Et manifestement c'est la solution B.
A la différence d'"Inception" où le spectateur pouvait mener sa reflexion à posteriori sans pour autant remettre en cause tout le récit. Et dans "Inception" les paliers de changements des rêves sont définis, indiqués. Dans "Sucker Punch", il n'y a aucune explication au premier basculement, ni même au second - les danses. Ce premier basculement était il vraiment utile?

Et au final la plus grande frustration du film ce sont les numéros de danses de Baby Doll que l'on ne verra donc pas - alors qu'une seule scène en montage alterné aurait peut être pu amener quelques compréhension pour le spectateur obligé de se farcir les séquences steampunks sans autre forme de négociation. Le spectateur est littéralement gavé de pyotechnie de synthèse, de pirouette sans grand intéret, car ces rêves n'apportent rien en dehors du fait qu'ils ne sont que la métaphore du vil des "items" dans le réel. ( mais une hypothèse vient aussi dire que ces numéros de danses n'existent pas car état dans l'esprit de baby Doll).

Suddenly histoires à tiroirs, thousands of them

source code afficheVenons en à "Source Code" de Duncan Jones ( sortie le 20 avril dans nos contrées). On retrouve ici un schema proche d'"Inception" avec un scénario à tiroirs, des allers retours au sein même de l'histoire. L'ensemble est balisé, comme pour "Inception", à aucun moment le spectateur n'est laissé dans l'incertitude de savoir s'il est dans la projection du "corde source" ou le réel, là où "Sucker Punch" ne se posait plus la question, au spectateur de faire son choix.
On retrouve aussi subtil mélange d'action et de reflexion. Une analogie parmis tant d'autres avec "Inception" est ce code source utilisé comme terrain comme pour les rêves. Seul le final laisse le spectateur dans une relative expectative - car la question du source code étant une réalité parallèle finie ou pas est posée. Le film laisse le spectateur y répondre, laissant flotter une incertitude mais moins abrupte que pour "Sucker Punch" ou "Inception".

Mais on remarquera qu'en deux ans Hollywood nous amène par trois fois dans des réalités différentes - on pourrait même s'amuser à inclure "Avatar" là dedans, car là aussi comme dans "Source Code" on a "projection" d'un personnage dans un autre univers, "projection" pilotée à distance, ou comme dans "Inception" ou "Sucker Punch", des histoires imbriquées entre elles, navigant dans un imaginaire à plusieurs niveaux. A croire que les scénaristes n'ont pas fini de se retourner la cervelle. Croisons les doigts pour que cela soit plus du "Inception" ou "Souce Code" que "Sucker Punch"...