Plus qu'attendue depuis des mois, "La conquête" s'annonçait comme un vrai défi. Il faut bien voir que le cinéma Français est une industrie très frileuse à l'idée d'évoquer le passé proche de son pays. On sentait depuis un moment avec des film comme "Président" avec Dupontel ou "le Candidat" de Niels Arestrup une volonté timide d'explorer les méandres de la politique contemporaine.

Or, ces films ne traitaient que de personnages fictifs sans attachements à un fait historique particulier, si bien que sans oser véritablement traiter d'un sujet de fond, le spectateur se voit servir une fable tiède.

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Du coup, l'idée de voir une oeuvre de fiction adapter un moment de la vie d'un des personnages les plus corrosifs de la Veme République, a sur le papier tout ce qu'il faut pour nous servir un château Margaux millésimé.

Immédiatement les images des émeutes de 2005 reviennent, le comment, le pourquoi de ces évènements qui ont été l'Initfada des banlieues par la presse internationale.

L'ascension aussi irrésistible que paradoxale d'un homme en parti responsable de ces troubles à la plus haute des magistrature, évoque un destin j'ose le dire shakespearien, une tragédie grecque. Dans des années, les générations suivantes compareront probablement cela à un péplum.
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Mais voilà, au lieu du vin promis du tanin, de sa teneur en bouche savoureuse et merveilleuse qui vous accroche le nez avec force et volupté, on a une anisette de comptoir.

Déception!

Déception non gratuite en plusieurs points:

  • la musique:

Le compositeur (quelque soit le nom de ce malfrat) a décidé de créer une partition à la Gérard Calvi. Ca n'évoque rien comme ca, je l'accorde, mais alors que l'on pourrait s'attendre à une ambiance sonore pesante et dramatique comme pourrait l'être celle de Nixon, ou Reds, on a la musique du "Petit Baigneur". Délit de faciès facile entre de Funès et Sarkosy peut-être, mais dans ce cas si le personnage doit être ridiculisé pourquoi l'avoir rendu sympathique?

  • Le traitement des personnages:

L'une des choses les plus frappantes du film réside dans les dialogues. Pertinents, forts, ils sont le gros point positif du film mais dans le cheminement chaotique du film, Sarkozy doit faire face à de nombreux barrages notamment le duo Villepin/Chirac. A force de recevoir des coups, de se relever obstinément et d'arriver à son but le personnage en devient sympathique. On a un réel attachement à ce personnage à la fois tyrannique, instable, buté, mais aussi généreux amoureux et humain. Aussi bien lui que son équipe:

A commencer par sa femme Cécilia, fondamentale dans la vie du protagoniste principal. Personne ne comprend son revirement, son départ. Le personnage est très présent au début, puis soudainement, disparaît. Nous comprenons après pars des brides de conversation ici delà les raisons de son départ, mais il est trop tard.

Enfin, on assiste aussi dans ce film à un véritable miracle, dites vous bien que dans ce film, Frédéric Lefebvre est un homme intelligent. Comme quoi tout est possible...

  • L'interprétation:

Ridicule. Clairement les acteurs ont fait des recherches vis à vis des documents vidéos des interviews, mais difficile de croire qu'ils ont été plus loin. A commencer par l'acteur jouant Villepin qui finit par nous piquer les yeux et rend le personnage exécrable.
Denis Podalydès est moyen, on ne peut pas oublier que c'est Denis Podalydès qui interprète Nicolas Sarkozy. Reconnaissons que le personnage est particulièrement difficile, mais connaissant le niveau de cet acteur, j'ai du mal à être indulgent.

Par contre mention spéciale à Bernard Le Coq, délicieux en Jacques Chirac. Crédible, je l'attendais à chaque plan et à Dominique Besnehard dans le rôle de Pierre Charon. Non pas qu'il soit un grand acteur, faut pas déconner non plus et pourtant je vénère "A nos Amours" de Pialat mais sachant qu'au moment des faits, il occupait un poste de conseiller auprès de Ségolène Royal. Je trouve qu'il lui fait un beau pied de nez.

  • La mise en scène:

Le talon d'Achille, La catastrophe. Et je concluerai là dessus.

Il manque un réel travail de temporalité sur ce film. Nous savons très précisément comment cette histoire va aboutir ce n'est un secret pour personne, donc l'approche d'une temporalité éclatée n'est pas justifiée, au contraire, on a besoin de connaitre les tenants et les aboutissants dans l'ordre pour vivre davantage l'histoire.

Pourquoi ne pas avoir pris pour principe d'une monté de tension jusqu'à l'élection paroxysme de la vie du personnage? Pourquoi nous montrer dès le début un histoire sentimentale alors que les affaires politiques sont bien plus riches en rebondissement. Pourquoi n'est'il pas représenté dans ce film la pesanteur et le solennel que réclame la République? Il manque ces approches, ce respect pour faire de ce film, un film audacieux comme il aurait mérité de l'être et non pas une blague pour blogueur de ciné (NDLR un soucis contre les blogueurs ciné? tu veux perdre ton accréditation pour les avants premières?).

Je ne mets pas la bande annonce, ce film ne le mérite pas.