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Amis de toujours, d'un soir et de je ne sais où, Fans de la première heure, Admiratrices éperdues d'amour, Voisins alcooliques, parents, Professeurs d'aikido, Coureurs du dimanche, cancéreux onéreux, suicidaires indécis, lecteurs et lectrices ennuyés, mes amis, ma mère, mes frêres et mes soeurs.... Oh, OH, c'est le bonheur!

Me baladant sur les Champs Elysées, un matin cabossé où je devais travailler, je me suis rappelé.
Je me suis rappelé une scène merveilleuse où l'enterrement d'un homme si passionné par l'humour a laissé à sa famille l'arrière goût d'une mauvaise blague. Ce souvenir épanchait ma tête encore trop agitée de mon sommeil, tandis que j'arrivai à une Fnac bien trop terne. Je cherchai le titre de ce film...

Et je me suis rappelé: Kaufman!

Jim Carrey, Milos Forman! Man on the Moon bien sur mais que je suis con!!!! me dis-je dans une colère à peine retenue qui n'était pas sans terroriser une petite décérébrée en goguette d'un seizième surannée. Réveillé de ma torpeur encore une fois par moi-même, mes pieds se sont mis à courir, la langue à s'agiter, mes mains in-agitées voulurent participer et me voilà devenu une bête quadrupède hurlant ces cinq mots dans la fraîcheur matinale tel le Jack Russel du Mask pris d'une frénésie compulsive que seul le système capitaliste peut créer. (NDLR: vous voyez les enfants, la drogue c'est le mal)

IL ME FAUT CE DVD!!!

J'étais devenu fou! Un malade, un psychopathe, un possible candidat pour une télé-réalité. J'entrai donc la bouche écumante de bave dans le sacro-saint temple de la consommation. Arrivé devant un porteur de jacquette estampillé enfant de coeur de la secte de la F.N.A.C, je lui fit part de mon envie: Il me répondit qu'à Pigalle, certaines offraient ce genre de service avec un burger gratuit. Comprenant que mes grognements était vain, j'entrepris d'articuler proprement mes mots. A la formulation de ma requête, le vendeur devînt blême. L'oeil étonné, je lui ordonna formellement de s'exprimer à ce sujet, il m'avoua dès lors à voix basse: "L'édition n'a pas été renouvelée"..

Consternation! Tristesse! MORT!!! De ces trois mots dans l'ordre, mon coeur en fit l'expérience! J'enrageai, je détruisis, je bafouai les montres et les bouquins de Beigbeder, je me torchai avec les DVD de Guillaume Canet quand la sécurité est intervenue.

Ah! En vérité, je vous le dis! Pour trouver de la villageoise à Franprix, il y a du monde. Par contre, pour du Saint Emilion 75, il n'y a plus personne.
Alors, je vous le dis, LECTEUR, je me bats pour vous. Toi, le cinéphile non averti, toi le consommateur occasionnel, toi l'ignorant en quête de beauté à se mettre sous la dent et toi enfin le polémiste qui se prête au jeu de ces quelques lignes, JE ME BATS POUR VOUS. Pour que vous ayez accès à la qualité, pour que le rare ne vous échappe plus pour que les moribonds de l'art, les alchimistes de la technique, les arnaqueurs du grand soir, cessent leur foutage de gueule et vous respectent enfin (et aussi pour que cesse mes mutations canines dû à ma colère et pour que cesse par la même le désespoir de ma mère)

JE ME BATS POUR VOUS!

C'est pas que tout ca mais faudrait voir à dire des trucs intelligents maintenant sinon Méria va taper:
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Synopsis :

Enfant, le petit Andy Kaufman, né en 1949, animait des émissions pour lui tout seul, dans sa chambre.
Devenu grand, dans les années 80, le jeune homme imite Elvis dans des cabarets, en se laissant passer pour un immigré d'Europe centrale ! C'est ainsi qu'il se fait repérer par George Shapiro, un imprésario. Andy lui avoue son ambition.
Il participe alors au mythique show TV Saturday Night Live en incarnant un timide chanteur, puis devient le héros d'une sitcom, Taxi, dans laquelle il reprend son personnage de petit immigré. Ce rôle fait de lui une véritable star de la scène américaine.

Miloš Forman: cinéaste-biographe des génies.
Comme cité auparavant, Forman (appelons le comme ca le S de son prénom me casse les couilles) porte sa caméra sur le nez des génies. Bien sur il y a des exceptions à la règle mais les derniers films du cinéaste confirment cette tendance.

S'il porte sur écran la vie du génie de la musique ca sera ni plus ni moins que Mozart (ou s'agit-il plutôt du film de Salieri), s'il porte à l'écran un peintre cela sera Goya. S'il porte à l'écran un génie du marketing plus qu'un défenseur de la liberté d'expression ca sera le pornographe le plus célèbre de son temps Flint.

Pourtant, Kaufman est peu connu de ce coté-ci de l'atlantique. Le pourquoi étant aussi mystérieux qu'inintéressant, le fait qu'à la fin du film le portrait de Kaufman soit hissé au même niveau que Chaplin, de Laurel et Hardy ou encore des Marx Brothers est révélateur de la portée symbolique du comédien.

Dans ses biographies, le réalisateur d'origine tchèque s'attache à montrer des anti-conformistes, des parias, des gens qui par leur audace leur goût du risque se confrontent aux rejets des autres à la mise au ban. Kaufman suit le chemin de Mozart et Mozart à des points communs avec kaufman.

Ainsi, le génie musical est montré sous un jour puéril, le génie qui a composé la flûte enchantée n'est-il pas le même qui pète lors de concerto. Le génie comique lui finit rejeté de ses paires, sa famille ne le comprend plus, pour un peu il finirait dans une fosse commune.

Un parallèle entre les deux hommes est mis en lumière par l'oeil d'un autre, voilà l'intérêt du cinéma.

Cela dit, après une tournure de phrase aussi magnifique que chaloupée, le cinéma conduit à des mystères que seul l'argent peut comprendre. Il faut savoir que les deux scénaristes Scott Alexander, Larry Karaszewski à l'origine écrite du projet ont signé l'excellent ED WOOD, ou encore Larry Flint jusque là tout va bien mais ils ont signé aussi "Cody Banks: agent secret", Meria hurlerait de rire en criant: "FAIL" moi dans ma légendaire retenue je dirai: "Mystère".

Le comique du moment; Jim Carrey.
Carrey était l'acteur parfait. Pourquoi? Parce que c'est un acteur brillant.

A la vue de sa filmo antérieur à Man on the Moon, l'acteur canadien a prouvé son talent. Comique hilarant dans la plupart de ces films, il signe un tordant personnage dans "Dumb and Dumber" des frêres Farrelly. Il peut devenir plus qu'inquiétant dans "Disjoncté" de Ben Stiller et démontre l'étendu de son talent dans le mémorable "Truman Show" de Peter Weir.

A cette époque, Jim Carrey est consacré comme étant le comique le plus bankable de sa décennie. S'attacher donc à porter à l'écran, un comique incompris revient à une mise en abîme. Qui d'autres qu'un comique avec une telle élasticité faciale pourrait se permettre d'interpréter l'ineffable Kaufman? Personne, il faut bien admettre quand vous aurait vu la vidéo de Kaufman ci dessous de la ressemblance peut être même de l'influence de celui-ci sur Carrey.
L'acteur de l'Ontario prétend s'être totalement identifié au personnage, nous pouvons le croire sur parole.


De Vito, Giamatti, Love...
Danny De Vito produit ce film. A ce titre, il se place comme le clown blanc, le révélateur de Kaufman. En second rôle, il apporte une touche de crédibilité supplémentaire.

Quant à Paul Giamatti, sa carrière est encore balbutiante à ce stade. Il compose l'alter égo de Kaufman: Bob Zmuda. Personnage ambigu qui épaule son ami à tout moment nourissant sa folie et fidèle d'entre les fidèle, il relève parfois son célèbre compagnon pour suivre leur délire, si bien que l'on peut penser que Kaufman est double, à la fois lui-même et Zmuda . Il aurait été difficile de se mettre à la hauteur d'un carrey, Finalement Giamatti assure et l'avenir l'a suivi.

Quant au pendant féminin du film, Il est assuré par la célèbre veuve de Kurt Cobain (désolé, on ne se sépare pas d'un fantôme comme celui-là). Une histoire d'amitié lie Forman à Love, rencontre issu de leur précédente collaboration sur "Larry Flint". Pourtant, La rockeuse ne fait ni dans la dentelle ni ne livre un grand numéro, elle est là sans être là, effacée sans être gommée. Sa carrière d'actrice étant déjà sur le déclin.

Par contre, je suis désolé public mais il n'y aura pas de nichons dans ce dossier, et pourtant il y en a. Je vous rassure, mais ils ne sont pas beaux et je ne te donne QUE la qualité, toi mon public que j'aime.


Tout ce beau monde se réunit pour conter cette histoire. Mais quelle histoire? que raconte l'oeuvre de Kaufman?

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KAUFMAN ou le comique de la sociologie.
Pour les ignorants, les nantis, les parias, les mecs comme moi, je vous propose cette petite vidéo de Kaufman en 1980. Pas de quoi pavoiser sur la qualité d'image donc mais en tout cas, ca donnera une idée du vrai personnage;

Faire une bio de Kaufman? mais voyez le film BORDEL!
La démarche de Kaufman se résume avec sa première rencontre avec George Shapiro:
"Je ne suis pas un comique, je ne sais pas rire à une blague".

Le paradoxe est flagrant un comique qui reconnait que son incapacité à faire rire. Saisissant.

Le personnage débute sa "carrière" tout petit en animant des émissions de télévision devant ... son mur. L'idée de Kaufman est de devenir la plus grande star du monde. Pourtant, l'idée de travailler dans un sitcom populaire le révulse. La contradiction le dicte, le doute l'assaille et moi je prendrai bien des épinards.

Une fois devenu célèbre, Andy Kaufman fait ce qu'il veut. S'essayant à la provocation, au mensonge, il tente des gags incompréhensibles pourquoi? Pour ne jamais avoir à en refaire un même si celui-ci à marcher? Pour être là où personne ne l'attend. Je dirai pour comprendre.
La motivation principale de Kaufman est son appréhension du monde. Selon lui, le monde est une illusion et nous avons le devoir de ne pas le prendre trop sérieusement.

Dans la vie de tous les jours, Andy est un homme, calme, pratiquant la médiation transcendantale mais à la recherche de lui-même et des autres. Le combat de Kaufman devient sociologique. Il se permet de jouer les salopards finis en se livrant à des combats de catch contre des ... femmes.
Il insulte son public mais révèle rarement la supercherie. Parfois quand on l'y contraint, il nie le gag. Si on lui demande de jouer son personnage, Il punit son auditoire en leur imposant la lecture d'un roman.

1263039734_man_on_the_moon_4.jpgSa collaboration avec Zmuda, lui permets d'exploiter au maximum le potentiel d'un personnage qu'ils ont créé "Tony Clifton", une caricature de crooner de las Vegas grossier et alcoolique. Une fois que tout le monde a compris que Clifton et Kaufman ne font qu'un. Il improvise pour faire croire le contraire. Tout le monde tombe dans le panneau, d'un coup le personnage du crooner est vivant.

Tout va si "bien" dans son cheminement que sa famille ne croit pas en son cancer. Il en a perd toute crédibilité. Cette scène, la plus poignante, ou il annonce à ses amis sa maladie après les avoir convoqué à trois heures du matin devient plus qu'horrible puisque personne ne le croit, chacun pense à une autre blague. Qu'est-ce qui efface l'homme au profit de la blague? C'est ce qui a de pire pour un homme, un comique. Je ne le souhaiterai à personne.

Contrairement à votre serviteur qui n'est plus en quête du bide absolu après avoir vu les 11 commandements, Andy Kaufman s'impose comme un humoriste de l'instant avec autant de finesse qu'un brachiosaure au milieu d'une maternelle.

En fait, Kaufman fait une étude sur le rire, sur l'humour, ses limites d'acceptation. Ce film est l'écho de cette oeuvre.

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La mise en scène:
Si l'ensemble du film est très classique dans sa construction pour mieux servir le personnage. Est-elle en adéquation avec un personnage aussi hors norme? Elle débute tout de même originalement, avec un générique de fin au début du film ainsi qu'un pitch de Carrey dans la peau de Kaufman demanda au public de s'en aller. Pour dire oui c'est du Kaufman.

L'histoire pourtant prend quelques libertés avec la réalité, ainsi:

  • Kaufman et sa femme Marguilès ne sont pas rencontré sur un ring mais dans un show.
  • La baston qui l'a opposé sur la plateau de "Friday" avec Michael Richard (un acteur de Seinfeld, pourtant ca aurait du marcher) était moins sérieuse que ce qui est montré.
  • Enfin le film fait quelques anachronismes: pacman ne devrait pas apparaître à cette époque, l'imitation de Jimmy Carter ne colle pas Kaufman devrait en imiter un autre mais Gerald Ford.

Bref tout ca pour dire que j'ai fait quelques petites recherches mais que ca n'a aucune importance quand à la qualité du film. Celà dit je suis tombé dessus alors...je brode.

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En arriver à là, se dire qu'après une vie de gag et plus personne pour vous croire. C'est là un syndrome infernal. Personne, sa propre famille comprise ne le croit pas. A son enterrement, la plupart des participants croyaient qu'ils allaient sortir du cercueil et révéler la blague. Pas mal de temps, après sa mort, un grande partie des américains pense que parmi les personnalités ayant le plus vraisemblablement simulé leur mort, Kaufman arrive en tête avant Elvis Presley.

Le film témoigne de ce personnage trouble et calme, à la recherche du rire de l'humour. Pourtant génie de son art, il arrive a faire rire une salle entière rien en ne disant rien et en roulant des yeux. Mais ce sont les limites qu'il a exploré sont purement impressionnantes.
Cette quête est ce qui fait l'universalité du personnage et non plus une simple icône géographiquement définie, c'est ce qui lui donne le droit d'être issu parmi les grands cités auparavent. Ce personnage s'il s'est exprimé là bas aurait pu se retrouver chez nous, ailleurs. Il y a un Kaufmann, partout, en soirée, à coté, un type mis à part. C'est même un peu nous à nos moments de solitudes.
La question première du film n'est pas la place du comique dans la société mais peut-être plus la place de la l'humour dans celle d'un homme et la seconde finalement ne porte t'elle pas sur le comment d'une oeuvre qui dépasse totalement son créateur.


La bande Annonce: