Mes Amis, Mes Amours, Ma joie de tous les jours....

Mes embouteillages, Mon AK-47, Mes changements de trottoirs,
Mes Némésis, Mes ronces, Mes "cheeses" travestis en suppositoires,

VOUS lecteurs, lectrices, assidus ou névrosés, magnifiques ou outranciers. Vous, ineffables chevaliers aux armures dorées galopant sur la plaine du 7eme art et terrassant les dragons de la turpitude, de la médiocrité et du désespoir, laissez moi une fois n'est pas coutume, commencer par ces quelques images matrices à l'écriture de cet exutoire.


Le groupe "Foo Fighter", mené depuis 1994 par Dave Grohl ressortissant émérite et ambassadeur d'un pays nommé "Nirvana", lance avec son groupe un nouvel album "Wasting Light" que je vous conseille fortement et qui inclut ce clip "Walk" en dernier morceau. Cette vidéo sortie cette année est une parodie de "chute libre". L'ex batteur du groupe phare du début des années 90 reprend la cravate, la chemise, les lunettes: les codes d'un film sorti 18 ans auparavant.
Preuve en est qu'il y a toujours des esprits qui de l'autre coté de l'Atlantique entretiennent la mémoire de ce film.

Dans une autre mesure et de coté ci de la Normandie:

Ce morceau, par contre je ne le tiens pas longtemps...
Disiz la Peste reprend lui aussi, et aussi avec humour reconnaissons lui cela, les codes du film transposés cette fois ci non à Los Angeles mais en Essonne.
Comme à mes yeux ces lieux sont aussi glamours les uns que les autres, je ne lui jetterai pas la pierre.

Mais on peut aussi parler de the Methadones qui ont signé un album inspiré du film intitulé Not Economically Viable, les demoiselles de Fer: IRON MAIDEN qui consacre une chanson: Man on the Edge sur l'album X-Factor (victimes de la télé ces gars là) je vous épargne le clip plus insupportable encore que celui de Disiz. Mais aussi Front Line Assembly, les CunninLynguists ont puisé l'inspiration dans ce film.

Et alors cette question, cette interrogation, ce pourquoi: pourquoi ce film a t'il autant marqué les esprits? Pourquoi je m'en souviens encore? Pourquoi d'autres bien après moi place ce film en si haute estime?

Me sentant moins seul, dans cet univers froid et glacé où les records de mon thermomètre ne vont pas sans évoquer mes longues heures d'ennui devant un film de Gus Van Sant, je me lance dans l'enquête j'investigue, je transgresse:

Synopsis :
Les clips vous l'ont bien expliqué mais si vous avez eu la flemme de les regarder:chute-libre-1993-3390-21357606.jpg
Durant un été très chaud, un embouteillage se déroule en pleine route de Los Angeles, à cause de travaux. William Foster (Michael Douglas), ancien salarié de l'industrie de la défense (sa plaque d'immatriculation personnalisée est « D-Fens »), craque soudainement en plein embouteillage, abandonne son véhicule et s'embarque dans une randonnée violente à travers Los Angeles sous une chaleur torride.

Not Economically Viable:
Le scénario d'Ebbe Roe Smith ne se caractérise pas par une finesse dans la dramaturgie, une éloge du bon mot, une peinture appréciée d'une élite fière de sa victoire à l'étouffée.
La finesse de ce travail va au-delà de ca. Bien que le scénariste soit peu connu du grand public et qu'il n'ait signé que cette oeuvre, Smith dresse une odyssée sur la base d'une ficelle de la comédie le déplacement d'un protagoniste hors de son environnement, hors de son cadre naturel. En contre pied, au lieu d'en faire une quête initiatrice elle en devient sa perdition, la nôtre aussi.

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Concrètement, qu'est que cela veut dire?

Pour citer Schumacher: "il s'agit de déplacer l'homme blanc dans un milieu où il perd pied". Il s'agit pour nous de décrypter ce qu'est l'historique de l'homme blanc en question.
William “D-Fens” Foster  est un employé d'une société d'armement. Choix pertinent. Dans le climat de cette époque où la construction de missiles ne se justifiant plus par un demi siècle de guerre froide, Foster incarnait l'Amérique moyenne droite et honnête garante des institutions prêt à se défendre contre toute menace pour le salut du monde, pour cette mission divine que son 11e président, James Polk avait nommé "Destinée Manifeste" à savoir la propagation de la démocratie à travers le globe.
Mais alors qu'ils ont gagné quant est il de ce représentant de la classe moyenne?

Chute librePour représenter cet homme, il fallait choisir une icône de la virilité à l'américaine. Il ne pouvait y avoir que Michael Douglas. Fils d'un ancien esclave qui a regagner sa dignité par ses poings, flic viril et caricatural dans "black rain" rejeton d'Indiana Jones dans "la poursuite du diamant vert", surtout magna des finances dans "Wall Street". Il incarne avec superbe cet homme moyen dans lequel on s'identifie que trop.


A contrario, son opposé est le flic à une journée de la retraite l'inspecteur Martin Prendergast incarné par Robert Duvall. S'il est la touche d'émotion du film, le flic honnête au grand coeur et assurément bien interprété, le personnage est par essence moins charismatique de celui de Foster. Il devait remplir en premier fonction celui miroir du spectateur. L'Histoire avec un grand H aura démontré qu'il aura échoué à cette mission malgré sa nécessité au final du film.

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I'm going Home:
Comprenons l'odyssée de l'homme Blanc:
Lui qui a chassé les indiens et les Mexicains le voici lui-même chassé de son territoire qu'il a créé. Si cette vision a poussé une parti de la critique à dénoncer le caractère fasciste du film, elle est presque aussi justifiée que celle de Starship Troopers donc rigoureusement fausse. Ce film est justement un appel à la dignité et à la démocratie.

La première scène est un petit chef d'oeuvre de montage. La tension monte cran par cran, plan par plan. Dan cet embouteillage Foster sent la chaleur monter, les mouches l'énervent, les enfants sont insupportables, les autres voitures n'avancent pas, il faut respirer. Il abandonne sa voiture. Etrange analogie d'un geste incompréhensible où le fleuron de la consommation est abandonné sans état d'âme pour retrouver l'essentiel, la famille. Mais combien d'entre nous n'ont pas rêvé de faire ca?

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La première rencontre survient avec un épicier coréen. Il parle à peine la langue et pratique des prix qui équivalent à du racket. Cette scène a été la plus controversée aux USA. En effet, une association de défense des américains d'origine coréenne la "Korean American Coalition" a porté plainte auprès de la Warner pour injure ce qui a conduit à une découpe du film outre atlantique. Pourtant même chez nous, n'avons nous jamais eu l'envie de défendre nos droits de consommateur et d'appliquer des prix raisonnables?

Cette scène démontre le mode opérationnel de "D-Fens". Il se montre toujours "cool" avant de contre-attaquer. Il discute, tente de raisonner l'autre mais face à l’intransigeance aux têtes de mules, il se défend. Comportement pris pour outrancier alors que jamais il ne fait du mal volontairement mais répond aux agressions. C'est l'épicier qui s'empare d'emblée la batte de baseball, Foster le désarme et demande l'application de prix convenables. La réponse du coréen est d'insulter son client de voleur. Pourtant D-Fens paie sa boisson en sortant. Mais merci entre temps d'avoir détruit ce lieu de dépravation financière.

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Ensuite viennent les "Jeunes":

Répétition du mode opératoire: Tentative de discutions auprès de personnes butées, variante: conflit territorial.
C'est un dialogue voué à l'échec, un homme s'assoit à l'endroit qu'il ne faut pas, parce qu'il ne sait pas lire les codes en vigueur en ce lieu. Les jeunes jugent et voient comme une intrusion une insulte l'apparition de cette chose qui n'a pas sa place. La décision est prise de dépouiller la potentielle victime.

Conflit inter générationnel, de milieu sociologique. Le paradoxe est souligné qu'ils sont citoyens d'un même pays et qu'ils ne devraient pas ce comporter en étranger les uns avec les autres mais au contraire avec un respect mutuel.
Utopie vraisemblablement. Au final, les gosses sont mis en déroute.

La vengeance arrive vite. Mais il faut suivre l'adage qui veut que cette chose soit comme un kébab avarié : un plat qui se mange froid. Les gamins repèrent vite l'homme blanc perdu en chemise dans leur quartier, c'est un peu le seul. Ils tirent à l'arme de guerre sur lui, tuent quelques innocents mais ne touchent pas leur cible.

Ils s'encastrent dans une autre voiture et Foster vient à la rencontre du dernier survivant. Celui-ci le supplie de le laisser en vie. Ce qui est amusant dans cette scène est un détail saugrenu, derrière Foster, le Christ est peint sur un mur, il se situe juste dès lors à l'image au dessus de son épaule comme s'il était le bras armé de Dieu.
Béni, il récupère le sac contenant les armes de guerre.
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Vient ensuite la scène du bus. Encombré, bousculé, chahuté, comme nous tous un moment donné pendant une heure de pointe quelconque, on en vient à se comparer à ces familles foutus dans des trains pour connaitre "la liberté par le travail". Il s'enfuit. Il rencontre juste après un SDF bien portant et mythomane qui tente de l'amadouer.

Ces conflits n'étant pas les meilleurs scènes. Nous passerons outre pour nous consacrer à la scène CULTE de Chute Libre.

D'ailleurs, je ne résiste pas à vous la donner en image. Lecteur, assis toi je te prie et déguste ton mac morning:

C'est l'une des rares scènes du cinéma mondial qui ne vaut pas la peine d'être commenter tant elle est parfaite, immuable et universelle.

Nous avons vécu cela, à un moment où l'on nous refuse d'un sourire hypocrite un menu que l'on désire et l'on recoit à la place une insignifiante chose sans apparence et sans goût, fruit d'une publicité mensongère. Nous voilà prêt à prendre les armes et demander ne serait-ce qu'un peu de respect.
Mr Schumacher, MERCI!

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Une scène passée un peu inaperçue mérite quand même le détour car c'est l'une des plus parlante.
Nous assistons par les yeux de Foster, à l'arrestation d'un manifestant devant une banque. L'homme en question le "Not Economically Viable Man"est noir et est interprété par Vondie Curtis-Hall. Il est habillé de la même manière que Foster: même cravate, même chemise et la même situation professionnelle, il se révolte pour les mêmes raisons que Foster, C'est Foster.

Par cette scène, le personnage de Douglas transcende sa couleur et devient véritablement américain et universel. Il n'est plus simplement le "angry white male" (l'homme blanc en colère) vu dans "Joe" ou le récent "Gran Turino" mais le citoyen lambda que l'on retrouve partout, et pire qui sommeille partout.
Vous auriez beaux les faire arrêter, il y en aura toujours partout. Le chef de Prendergast en se saisissant de son sac de sport correspond parfaitement à la description et au profil de Foster.
Méfiez-vous.
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La seconde réponse aux accusations de fascisme réside dans la rencontre avec le propriétaire du surplus militaire, un nazi en puissance. Je ne comprends pas pourquoi tous les propriétaires de surplus n'ont pas porté plainte....
Le nazillon prend un pot de Zyklon B usagé et prétend que lui et Foster sont pareils. C'est un peu le point godwin du film. C'est aussi le premier sang. Si les jeunes sont morts, c'est un accident auquel il n'est pour rien. Ici, Foster rappelle les droits et les devoirs de l'Amérique, tue le nazi. En téléphonant à sa femme, l'homme a changé. Lui, qui ne respirait incapable de parler à son ex-femme, parle librement. Il se rend compte qu'il a franchit un cap, que tout retour est interdit.

Il dit:
''J'ai passé le point de non retour. Sais tu ce que c'est, Beth? C'est le point lors d' un voyage où il n'est plus possible de revenir au début. C'est comme ces astronautes qui ont eut des ennuis. Je ne sais pas, quelqu'un a foiré sur place, et ils ont dû les ramener sur Terre. Mais ils avaient passé le point de non retour. Ils étaient de l'autre côté de la lune et étaient hors de contact pendant des heures. Tout le monde attendait de voir une bande de gars morts dans une boîte. Eh bien, c'est moi. Je suis de l'autre côté de la Lune maintenant et tout le monde va devoir attendre jusqu'à ce que je sorte.''

La transition avec la scène suivante est amusante d'ailleurs. Après avoir tué le nazi et la caméra se soit arrêtée sur son dernier soupir, nous passons directement aux toilettes homme du commissariat comme si les flics et la mise en scène pissaient sur le cadavre.
Si à la fin, il peut se demander comment il en est arrivé là, il prend néanmoins conscience de sa chute.

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L'Enfant.

Peut-être la scène la plus dérangeante parce que la moins "étonnante". L'idée est, qu'après avoir volé tout un attirail et après avoir changé de costume chez le nazi, nous ne sommes plus chez un immigré asiatique mais un ennemi de l'Amérique, Foster a donc le droit de le piller (Ah mon cher Wernher von Braun mon nazi préféré), notre anti-héros se trouve choqué par des travaux de voiries qui lui semblent abusif. Il s'arme donc d'un lance roquette mais ne s'aperçoit qu'il ne sait pas utiliser ce qu'il a construit toute sa vie. C'est un enfant qui vient vers lui, lui explique comment ca fonctionne parce qu'il a vu cela à la télévision.

Enfin de compte, de quoi parle t'on? D'éducation, de corruption de la jeunesse, de contenus véhiculés dans nos ondes et accessible à tous. Nous devrions être choqués par ce décalage jeunesse/savoir qui ne doit pas avoir lieu. Mais au contraire, on ne s'étonne pas, l'horreur est devenu concevable. Après tout, les nazis lors du siège de Berlin envoyaient leur enfant se faire tuer, alors aux Etats Unis pays de la vente d'arme libre... Mais nous sur notre territoire? Nous voyons aux infos des attaques de banques à l'arme lourde, sommes nous vraiment à l'abri?

D'une manière par la nature même de son travail et ses acceptations, il est totalement à l'origine du problème. C'est amusant de le voir surpris de la situation.

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Après avoir été renié par sa mère qui se rendait compte du mal qui était en lui par ses petits gestes ses remarques au jour le jour, nous sommes renvoyés une fois de plus à nous-mêmes.
Faiblesse. Ne faisons pas nous mêmes de notre entourage, notre victime quotidienne, par nos mots nos regards blessants, comme nous sommes tentés de craquer complètement comme D-Fens l'a fait? Nous avons en nous-même cette part qu'il faut maîtriser et non nier au risque de devenir totalement monstrueux.

D-Fens martyrise ensuite un vieux golfeur parce le golf devrait être un parc pour des familles et non un club-repère pour snobs retraités avec des chapeaux ridicules sur la tête. Le pire pour lui viendra après quand en passant par une propriété privé, il terrorise une famille dans un jardin luxueux. Erreur, car il ne s'agit que de la famille du gardien. D-Fens se rend compte de ses erreurs et qu'il se perd. Il revient sur son passé; il se confie plein d'amertume:

"J'ai perdu mon boulot. En fait, je ne l'ai pas perdu. C'est lui qui m'a perdu.(...) Je suis dépassé. Je ne suis pas économiquement viable. Je ne peux même pas nourrir ma gosse."
Paradoxale situation où un homme qui a servit son pays toute sa vie vit aujourd'hui lamentablement alors qu'un autre ne faisant rien de concret pour la société vie dans l'opulence et luxe.
Son mariage est un échec, il le sait. Mais sa famille seule lui importe. Désolé d'avoir blessé la petite, s'il s'excuse misérablement, c'était lui qui était blessé, depuis le début, depuis trop longtemps.

Finalement comme lui, nous sommes victimes de mensonges. Ils mentent à tout le monde y compris les poissons. Nous sommes victimes de notre propre aveuglement. Le réveil soudain de Foster l'a mis face à ces contradictions. Hier symbole d'une société, il est aujourd'hui l'ennemi; "I'm the bad guy" s'étonne t'il avant de mourir emporté par les flots, tué par le flic Duvall lors d'une confrontation magistrale.
Ce qui ne lui donne pas le droit de disposer de la vie des autres comme il l'a fait mais comme tous il a le devoir de frapper du poing sur la table pour se défendre.

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REMEMBER ME:
Chute Libre raconte l'histoire d'un homme qui chemine dans un monde qu'il ne comprend plus mais qu'il a contribué à créer. C'est une ensemble d'histoires quotidiennes, d'entraves et d'incompréhensions usuelles qui sont dénoncé du doigt.

C'est la découverte d'une nouvelle Amérique par un anachronisme issu de l'imagination de cow-boys à la John Wayne en quête de nouvelles terres.
28963612.jpgFinalement, par ces îles dont nous avons tendance à nous imaginer, nous nous soustrayons à nos responsabilités. Nos fautes nous rattrapent toujours et nous payons comme D-Fens le prix de nos aveuglements qui ont construit à notre place ce monde dans lequel par hasard un jour, nous nous perdons.

Mais la démarche de Schumacher ne se fait pas sans la possibilité du pardon. Même si c'est au prix fort (à l'américaine) dans un film suivant, il signe le tour de force de filmer dans Phone Game un homme dans une cabine téléphonique le temps d'un long métrage comme une réponse à Hitchcock, où l'homme blanc moderne sûr de lui requin-roi dans les océans de finances est prix au piège d'un prédateur invisible auto-investi de la charge de juge.

Ce film tire sa force d'une chose simple, vitale pour le cinéma, Chute Libre est un film qui nous renvoie à nous qui nous parle et nous regarde. Cette rare qualité fait de lui un film inoubliable.

En espérant vous avoir donné envie de voir ou revoir ce film.

La Bande Annonce:


By Manemos

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