Hollywood, les années 20, le cinéma muet qui draine ses foules, ses stars. L'une d'elle Georges Valentin, voit son règne menacé par l'arrivée par deux inventions: Bérénice Bejo et le cinéma parlant. Plus dure sera la chute pour la plus grande star de son époque.

Un pari de ouf malade

The-Artist3.jpgSur le papier ce projet à de quoi surprendre, inquiéter, enthousiasmer.

Car l'entreprise est hautement casse gueule, même quand on s’appelle Michel Hazanavicius, même si on sort de deux relatifs succès avec la série des "OSS". L'effet de style, plaisant au début peut se prendre les pieds dans le tapis et transformer ce qui était à la base un projet humble, un hommage au cinéma, en un cauchemar pour le spectateur.

Une heure trente d'acteurs qui gesticulent en noir et blanc et muet, singeant le cinéma des années 20. Qui pourrait résister sans craquer? Quel genre de spectateur serait attirer?

Qui en 2011, à l'heure des "Avatar" et prochain "Tintin", une époque où le cinéma opère ces plus grands changements techniques depuis le parlant, la couleur et Ursula Andress en bikini, qui peut porter sur ses épaules ce projet de faire un film en noir et blanc, muet, un bond en arrière de 80 ans? Quel producteur serait assez frappadingue pour ouvrir son porte-feuille? Le spectateur est il prêt à subir une heure trente de film muet?

Ce film, c'est "The Artist". Un film-concept sans en être un, un étrange capsule temporelle. Les premières minutes on se surprend, on cherche l'erreur, on se teste, pour voir si l'effet de style va fonctionner, si on ne va pas se lasser. Mais non, ça fonctionne. Michel Hazanavicius contrôle son film avec une précision d'horloger. Rien n'est laissé au hasard. Le jeu de ses acteurs est parfait, même si evidemment, on prend plaisir à voir des seconds rôles, des vraies gueules hollywodiennes à l'ancienne, James Cromwell et John Goodman.

maxjean.jpgUne chose amusante, c'est qu' Hazanavicius se défend d'un quelquonque hommage au cinéma - peut être une fausse modestie. Parce que le film transpire chaque pore de pellicule de cinéma. Des hommages, des clins d'oeil, des allusions, des plans, des personnages.

Difficile de ne pas penser au fameux Max Linder qui inspira Chaplin dans la création de son personnage de Charlot. Un personnage qui ressemble beaucoup à celui de Dujardin, même si la destinée de Linder est toute autre, beaucoup plus tragique.

OSS 1927?

the-artist2.jpgQuand on voit les noms Dujardin/Hazanavicus associés au générique, la première chose qui vient en tête est le souvenir des deux opus des OSS117. Jusqu'ici la collaboration entre les deux hommes fonctionne à merveille. Dujardin semble aussi à l'aise dans les claquettes que dans la parodie du James Bond franchouillard old school.

Et puis surtout, il y a une réalisation en béton. Et Hazanavicius a un superbe maîtrise de son cadre, de sa caméra, de ses acteurs, tout est parfait, huilé. On est bluffé par la composition de certains plans. Bérénice Béjo illumine l'écran de sa présence, elle rayonne.Peut-être que l'ensemble donne une apparence d’être un peu trop lisse.

D'ailleurs le seul reproche que l'on pourrait faire au film, c'est son petit manque de surprise en somme. Un petit coup de mou dans le rythme dans la dernière partie. Mais là ce sont des calculs d'épicier.

Il y a 20 ans, Michael Hazanavicius et son compère Dominique Mézerette signaient "La Classe Américaine". Une grosse blague de potache, mais en même temps, un certain hommage à un certain cinéma. Aujourd'hui, avec "The Artist", il signe un film unique dans son genre, un pari réussi, relevé haut la main. Je pourrai à loisir continuer ce paragraphe et cette page en alignant des phrases creuses, bourrées d'adjectifs qualificatifs grandiloquents, dégoulinant d'éloges, le tout donnant l'impression que c'est l'attaché de presse qui me dicte sa prose. Ce film est avant tout une expérience, un retour au source du cinéma. Je n'aurai pas meilleure conclusion que de dire "Allez-y".



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