Mais plutot que de parler du type de cinéphiles, j'ai eu envie de parler du cinema, en tant que lieu. De refaire un petit retour tout à fait personnel sur les cinémas que j'ai connu, car le lieux du cinéma marque tout autant que le film en lui même. Etant du Sud Ouest, je vous parlerai donc des cinémas de Bayonne et de Bordeaux, car c'est assez représentatif des mutations du paysage du cinéma dans ces 10 dernières années entre l'arrivée des cartes illimités et l'émergence des multiplexes.

Now playing, "la Dernière Séance" de Mr Mitchell

J'ai longtemps detesté cette chanson. Car enfant je ne comprenais par les paroles, j'étais étranger au concept de nostalgie, de cette façon qu'on a de vouloir s'accrocher à des lieu, des murs, des objets inanimés. C'est en vieillissant que j'ai compris toutes les subtilités de cette chanson.

Ma Toute Toute Première fois

cinema-morcenx.jpgJe ne sais pas en fait. Le cinéma ça d'abord été devant mon petit écran, surtout l'été où on pouvait rester plus tard devant la télévision. Mes parents n'étant pas amateurs de cinéma, ils ne mettaient pas les pieds dans une salle obscure. Et j'ai commencé à y aller de façon récurrente avec les sorties collèges, au cinéma (qui sert aussi de théatre) de __Morcenx__. Entre deux documentaires "Connaissance du monde", on eut droit à "Chérie j'ai rétrécie les gosses" et surtout, surtout "Indiana Jones et la Dernière Croisade".

Jamais de VO dans ce cinéma, on est en rase campagne (j'ai découvert l'existence de la VO en regardant Canal+ et je crois même que ma première VO fut "Absolom 2022"). Mais un très fort souvenir cinéphile: c'est dans cette salle qu'en octobre 1993 j'ai vu "Jurassic Park" pour la première fois. Le son de la salle ayant été mal réglé et un peu fort, chaque rugissement du Tyrannosaure me faisait me boucher les oreilles...Et 20 ans avant l'internet et le piratage, le flyer du programme du cinéma proclamait "Le cinéma c'est mieux au cinéma"...

Que sont mes salles devenues

medium_bayonne-vauban.jpgSi le cinéma de Morcenx existe toujours, ce n'est hélas plus le cas des cinémas que j'ai connus du temps de mon lycée à Bayonne et dont les salles, les fauteuils rouges n'existent plus que dans mes souvenirs et dans deux ou trois tickets sauvés. C'est l'époque où j'ai commencé à consommer des films en grande quantité. En 1994/97, il n'existait que deux cinémas dans le centre de Bayonne, tous deux gérés par CGR, l'un le "Vauban" Avenue Paulmy , l'autre "Le Marine", situé à deux pas. Une programmation commerciale, les grands films, certes en VF mais on n'avait pas le choix. A l'époque, un autre cinéma s'ouvrira non loin de la gare, "__L'Atalante__" avec une programmation "Art et Essai" . J'ai du y aller dans le cadre du lycée mais sans plus, car situé trop loin. J'attendais le mercredi après midi avec impatience, j'y dilapidais tout mon argent de poche.

ticket.jpgA l'époque, pas de ticket comme aujourd'hui, avec le nom du film. On était encore au vieux ticket multicolore avec simplement le nom de la salle et du cinéma.... Le mercredi après midi, je quittais mon internat pour aller me perdre dans les salles.

Mon premier film au "Marine" fut "Speed" de Jan de Bont. Là bas, je me souviens avoir vu "The Mask" ou "Mars Attacks". Au "Vauban" ce sera "Forrest Gump","Une journée en Enfer", "Twister". Quelques temps plus tard, le "Marine" ferme et est démoli. Je crois que mon dernier film au "Vauban" fut en juillet 1997 avec le mauvais "Flic de San Francisco"...

vauban2.jpgLe Vauban survivra au "Marine" quelques années. Mais l'époque était aux multiplexes, et CGR doit renouveler son parc de salles. Le Vauban est donc condamné. En 2003 le cinéma ferme et est démoli à son tour, laissant place à une opération immobilière et un nouvel immeuble "le Feria". Dans le même temps CGR créé un grand multiplexe en périphérie de la ville.

photos en haut le Vauban quelques temps avant sa démolition, au centre, un ticket du Vauban, en bas l'immeuble occupant aujourd'hui l'emplacement du Vauban, via google street view

Où me voit devenir accro

ugc.jpgQuand j'arrive à Bordeaux en 1997, le centre ville possèdait pas moins de 3 grands complexes de salles. L'UGC qui avait investi un ancien théâtre, le Gaumont, le Français, lui aussi ancien théâtre. Quand j'en pars en 2002, le CGR Français a fermé, le Gaumont a été carrément rasé et Megarama a construit un multiplexe dans l'ancienne gare d'Orléans tandis que Gaumont en bâtissait un près du campus à Talence. Dans le même temps, un autre genre de distribution de cinéma tente se faire entendre et "__L'Utopia__" ouvre un autre cinéma, orienté "Art et Essai" là aussi.

jeaneustache.jpgIl y a un autre cinéma où je me rendais souvent, situé très près du campus à Pessac, le Jean-Eustache, qui chaque année accueille le festival du Film d'Histoire. Un cinéma agréable et pas trop cher, le bon vieux temps au ticket tarif étudiant à 25 francs. Depuis le campus je pouvais même m'y rendre à pied.

Même s'il ne possédait que trois salles, c'était un cinéma agréable, moderne et spacieux et qui (à l'époque) n'avait rien à envier aux autres cinémas Bordelais, fonctionnant en grande partie sur les étudiants vivant à proximité. Il était aussi des rares cinémas à passer de la VO.

cinema_jean_eustache.jpgLe "Jean Eustache" a su bien s'adapter à l'arrivée de Gaumont à Talence (à l'époque, beaucoup disait que l'essentiel de la clientele étudiante serait cannibalisée par le mulitplexe Gaumont). Quand Gaumont annonce son projet, on prend peur. On fait signer des pétitions, certains disent que ce que la carte illimitée n'a pas tué, le multiplexe va l'achever. Aujourd'hui avec le recul on se rend compte qu'il n'en est rien. le Jean Eustache est toujours là, il a su évoluer, s'adapter, grandement rénové, loin du petit cinéma de banlieue qu'il était, il affiche une architecture très moderne, 5 salles et est toujours très actif.

gaumontbordeaux.jpgA l'époque j'alternais entre Jean Eustache et le Gaumont, j'allais assez peu à l'UGC. Mais c'est quand je quitte le campus pour me rapprocher du centre ville que les choses changent. Cela et surtout l'arrivée de la carte UGC illimité en octobre 2000 qui va TOUT changer. On n'oublie aujourd'hui à quel point la carte fut décriée comme celle qui allait tuer les petits cinémas, un genre de Grand Satan.

Je n'en étais pas moi même un grand fan. Parce que je n'avais pas envie de passer par une borne automatique. J'aimais le contact avec l'ouvreuse, demander mes places. J'avais l'impression de perdre un peu de convialité. Mais quand vous comprenez l'économie énorme d'une telle carte quand vous allez au moins trois fois dans la même semaine au cinéma, on accepte de sacrifier certains principes.

Finalement je saute le pas assez rapidement dès novembre 2000 et deviens un inconditionnel de l'UGC Gambetta qui passe pas mal de films en VO. Je vais parfois au cinéma de manière quotidienne, je vais voir TOUT même si avec le temps j'apprends à mieux choisir mes films, comprenant que l'illimité n'est pas un passeport pour se vautrer dans des films de merdes.

gaumont.jpgPendant ce temps les autres cinémas Bordelais sont sur la pente déclinante. Un jour d'été 1999 le Gaumont voit le plafond de l'accueil s'effondrer (par chance tôt le matin, sans personne). Le "Français" de CGR continue d'agoniser avant de fermer à son tour.

Finalement en juin 2002, le Gaumont ferme et est rasé, laissant un trou béant derrière lui ( qui à ce jour n'a pas été comblé, toujours bien visible sur le Cours Clémenceau, comme une trace d'un impact d'un Blitz bordelais). Pourquoi ne pas avoir conserver le bâtiment? Comme me le précise une amie ayant travaillée dans ce cinéma à l'époque "Même si la façade était magnifique , elle n'avait aucune valeur car l'originale ( de 1922) avait été détruite, elle n'était faite que d'une sorte de stuc et de moulages représentant à l'identique la façade originale. Et Gaumont n'était pas propriétaire des lieux".

Gaumont quitte le centre ville pour s'installer près des étudiants avec un gros multiplexe à Talence. J'ai toujours un pincement au coeur quand je passe devant la façade éventrée de là où s'élèvait le Gaumont. Je me souviens encore de la sortie de Titanic, des pieds et des mains que certains firent pour entrer dans une salle complète et surcomplète...

francais2.jpgPendant que Megarama a ouvert son cinéma dans l'ancienne Gare d'Orléans, le Cinéma Le Français a été conservé, car monument historique. Le bâtiment refait à neuf, rénové de fond en comble à rouvert en 2010 avec 12 salles et je me demande VRAIMENT où est ce qu'ils ont trouvé la place pour réussir à faire tenir 12 salles dans ce bâtiment, j'ai le souvenir d'une séance d'Asterix en 1999 où j'avais l'impression d’être dans une chambre et l'écran directement sous mon nez...

ADDENDUM Une de nos lectrices nous signale en commentaire que le "Jean Vigo" dans lequel j'ai du aller deux ou trois fois, et devant lequel je passais de temps à autre a quant à lui fermé en 2008, malgré une mobilisation. Il existait depuis 1981. Dommage, une fois de plus la pluralité des choix cinéma était mise à mal et c'est toujours moche un cinéma qui ferme.

photos: 1) UGC Ciné Cité de Bordeaux
2)Ticket de cinéma du "Jean EUstache"
3) Cinéma Jean Eustache, état actuel
4)Ancien emplacement du Gaumont Bordeaux, état actuel, via Google Street View
5) ticket de cinéma du Gaumont
5) CGR le Français, rénové, copyright Anthony projo de nombreuses photos du cinéma rénové sont sur son site

bon allez, pour finir, parce que obligé.


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