Tout d'abord un peu de culture. Oui à CinephilME on est des gens de culture et on trouverait tout à fait inadmissible que nos lecteurs ne comprennent pas un minimum ce qu'ils lisent.
Ainsi les deux films diffusés ce 20 janvier apprtiennent à un genre très particulier du cinéma japonais:
Kaijū (怪獣?, lit. « bête étrange » ou « bête mystérieuse ») est un terme japonais pour désigner des créatures étranges, particulièrement des monstres géants des films japonais appelés kaijū eiga. La notion japonaise de monstre est différente de celle des Occidentaux, un kaijū est plutôt vu comme une force de la nature devant laquelle l'homme est impuissant et non pas une force du mal.
Voilà pour la définition wikipedia qu'on pourrait traduire: monstre de latex détruisant tout et surtout des zones industrielles.

Gappa le dernier dinosaure c'est mon ami et bien plus z'encore

GappaJapaneseposter.jpgUn milliardaire veut construire une île paradisiaque dans laquelle des visiteurs déambuleraient au milieu d'animaux exotiques et de filles à moitié dénudées (John Hammond qui à la place de cloner des dinosaures ferait dans le porno donc). Une expédition à la recherche de spécimen intéressants tombe sur une île abritant une divinité étrange nommée "Gappa"par les indigènes.

Ils en ramènent un monstre étrange, tout juste sorti de son oeuf (oui à température constante et niveau d'humidité stable, un oeuf de dinosaure peut se conserver plusieurs millions d'années. Regardez "Denver le Dernier Dinosaure"). Sauf que les deux parents de la bestiole se mettent à sa recherche, saccageant la campagne Japonaise.

Amusant de voir le titre français qui parle de ce "Gappa" comme un descendant de "Godzilla" quand on sait que "Gappa" appartient au studio Nikkatsu et "Godzilla" à la Toho. Mais en ce temps là, à l'époque, les distributeurs français ne se souciaient pas de cohérence et de nos jours il y a fort à parier que les têtes pensantes de ces mêmes distributeurs, toujours à surfer sur les effets de modes, nommeraient le film "Very Bad Monsters".

Sad Gappa is sadQuand on voit les deux créatures qui déambulent sur leur plateau, détruisant tout sur leur passage, manquant parfois de se prendre dans les fils des maquettes d'avions qui les survolent, on est frappé par plusieurs choses. D'une, le relatif côté humanoïde de la démarche des monstres. Qui fait que instantanément, on ne voit pas deux monstres préhistoriques, mais deux figurants qui ont tout le mal du monde à soulever leur costume ou à mouliner des bras (ils moulinent pas trop en fait).
C'est toute la différence avec ce qu'a pu faire à peu près à la même époque Ray Harryhausen qui avait bien compris la chose: le même film avec une animation à l'ancienne image par image aurait donné sans doute plus de vie aux monstres, en enlevant justement le côté démarche trop humaine. Mais aussi un véritable casse tête et un gouffre financier. Les Japonais ont choisi facilité et rapidité pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques.

gappa2-2ff22f0.jpgOn appréciera le discours en arrière plan du film, entre l'enfant des îles recouvert de maquillage pour lui donner un aspect" bronzé" et le meilleur pour la fin, quand le personnage féminin, en guise de conclusion à toutes ses aventures, lâche impassible et résignée (et avec l’approbation de tout le reste des personnages): "Je vais retourner là où devrait être la place de chaque femme: à la maison".

Entre les deux scènes de destructions à couper le souffle (mine de rien ça devait être assez jouissif d'aplatir des maquettes en plâtre dans un costume mi lézard mi poulet qui doit peser dans les 10 kilos), des scènes sous marines dantesques et une notion de l'aérodynamisme vraiment particulière appliquée à ces merveilleux lézards fous volants.

Mais ce "Gappa" est vraiment une très bonne découverte (pour ma part) et le plaisir n'en est que décuplé sur grand écran. Comment ne pas verser sa larme en voyant le couple de monstres et leur progéniture décoller au dessus de Tokyo? "Ils se marièrent et détruisirent beaucoup de maquettes"...

GAPPA§!§§!§§§!§§§!

Double Godzilla All the Way

434px-Godzilla_vs_Mechagodzilla_1974.jpgUne jeune fille prise d'hallucinations prémonitoires voient l'apparition d'une montagne dans le ciel, d'un monstre détruisant tout et deux autres monstres tentant de le vaincre. Dans un monde réel, elle finirait dans une clinique avec un traitement approprié. A la Toho, ça devient un synopsis de film.

Dans le même temps des archéologues mettent à jour une crypte enfouie, montrant que les prémonitions sont authentiques. Le big crunch est pour de bon. Quand soudain c'est le drame, Godzilla arrive et commence à piétiner (encore) des zones industrielles. Mais est-ce vraiment le "vrai" Godzilla? Stupeur, questionnement et costume en caoutchouc.

Mechagodzilla.jpgEn lui même "Godzilla" est un élément narratif assez imposant. Pas assez imposant puisque dans cet opus , la Toho décide de rajouter un Mecha Godzilla, des extraterrestres, des agents d'Interpol et un Gardien de l'Océan, sorte de croisement entre un chien et lion, divinité protégeant la famille royale locale et censée protéger la Terre contre l'attaque du Mecha Godzilla (mais divinité japonaise tout à fait réelle connue sous le nom de "Shisa").

On a beaucoup beaucoup de mal à ne pas se retenir d'éclater de rire devant la première apparition du vrai faux Godzilla (une astuce simple pour les différencier, l'un des deux à un rugissement comparabble à un cri de groupie de Spielberg attendant pour son autographe). Le figurant donne l'impression de DANSER dans son costume tout en écrasant une maquette d'immeuble.

Gvsmgonset.jpgL'autre astuce pour différencier les deux Godzilla est que l'un est conçu à partir de TITANIUM SPATIAL, et l'autre en latex. Si les affrontements entres les deux monstres sont à l'écran très drôles, il faut aussi se pincer pour apprécier l'autre partie du film, les extraterrestres tentant de conquérir la Terre. Il faut voir leur leader annonçant qu'il est "responsable de la conquête de la Terre" comme un chômeur longue durée qui aurait pris la dernière offre d'emploi disponible au Pôle Emploi sous peine de perdre ses allocations.

Ou encore les tentative de "morphing" de l'époque, pour laisser apparaître le vrai visage de singe des extraterrestres. Où l'incroyable degré de kitsch du décors de la base souterraine : bruits étrange en arrière plan, lumières qui clignotent, murs coulissant, bulles en plastique. A croire que quelqu'un a tenté de réunir tous les codes de tous les plus mauvais films de SF combinés en seul endroit. C'est un petit peu le summum du nanar qu'on atteint ici.

Le combat final repousse les limites. Godzilla (après s'être transformé en paratonnerre) devient capable de provoquer des champs magnétiques puissants, assez pour stopper MechaGodzilla. Le monstre vaincu, Godzilla et King Shisa rentrent chez eux, l'un dans l'océan, l'autre enfoui sous une montagne, tandis que le QG des aliens est détruit grâce à une pipe dotée d'un aliage capable de provoquer des interférences dans des systèmes électriques. Vous n'avez pas compris?
Rassurez vous, eux non plus.



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