A l'origine de cette article il ya donc cet article d'un des contributeurs de Vodkaster, site tout aussi respectable et respecté et c'est plutôt à ce contributeur que le texte s'adresse et non au site en lui même. D'ailleurs la plupart des réactions à l'article l'ont bien montré, beaucoup étant scandalisés ou outrés des mélanges et raccourcis utilisés, le tout montrant une certaine méconnaissance de la galaxie nanar résumé à "des geeks qui ricanent devant des films de merdes".

Que reproche l'auteur aux "geeks" et autres fans de ses films un peu honteux? De ne pas avoir de goût? De choisir la facilité? De se vautrer dans le second degré pour voir un film de merde quand tant d'autres brandiront l'excuse "second degré" pour se vautrer de manière toute aussi rapide devant "l'Amour est Dans le Prés" ou "Secret Story"?

Parent pauvre ou cousin honteux?

GappaJapaneseposter.jpgCe qui choque dans la lecture de l'article c'est l'incroyable condescendance envers les passionnés du genre, les rabaissant à des personnes sans trop de goûts, à la limite du geeks boutonneux ricanant devant un inédit de "Chuck Norris versus MegaPythonOctoShark3", les pieds assis sur une pile de "Mad Movies.

A croire qu'en 2012 qu'il existe un cinéma "normal" et un cinéma "honteux" que certains tentent d'élever en genre respectable. Comme si le nanar était honteux et indigne. Comme si c'était un genre de cousin un peu crétin qu'on invite à un mariage et qu'on espère qu'il ne parlera à personne et ne fera pas d'esclandre (hélas dans la plupart des cas le cousin va aller draguer une demoiselle d 'honneur à peine majeure avant d'aller se soulager dans le bac à glace du champagne puis de mettre le feu à la pelouse.)

En même temps ce genre de débat sur qu'est ce qui est du "vrai cinéma" et qu'est qui n'est pas ne date pas d'aujourd'hui. On peut le dater de facilement de1895, dans l'après midi, à la terrasse du Café où se projetaient les premiers films des Frères Lumière. A une époque on snobait les comédies populaires, ou les blockbusters. On a snobé Spielberg et aujourd'hui ses films sont projetés à la Cinémathèque (au même tire qu'un "Godzilla contre mechaGodzilla" (diantre la cinémathèque projette ce genre de film? mais que se passe-t-il? ). De tout temps il y a toujours des gens qui ont voulu faire le ménage et virer les marchands du Temple. Sauf que là, par un étrange glissement on s'attaque à un parent très proche du cinéma dont les frontières sont très perméables. Et ce genre de pensée est assez caractéristique de notre époque, de s'élever en penseur absolu, de dire "ça c'est bieeeen" "ça c'est maaaall".

A mon humble avis

troll2pic1.jpgMoi aussi avant je confesse je pensais pareil. Et j'en suis moyen fier. Moi aussi je trouvais les amateurs de nanars/navets comme des gens "à part". Je me demandais qu'est ce qu'on pouvait trouver à regarder un film raté. Je me souviens de ma première fois où j'ai du regarder un en entier. J'ai commencé avec un monument du genre et non des moindres, "Troll2".

J'avais vaguement entendu parler de la chose, et la première séance fut franchement ennuyeuse. Oui tout était mauvais, raté, et risible. C'est surtout que je n'ai rien compris au film. je suis resté dans ma tour d'ivoire à me dire "Mais comment on peut regarder ça?" J'ai enchainé sur "Jack Frost", une histoire improbable où un condamné à mort se retrouve réincarné dans de la neige suite à une collision avec un camion transportant des produits chimiques. (C'est tout aussi con à écrire qu'à voir, je vous assure. Et c'est ça qui est génial, en fait.)

A vue de nez, j'avoue que la conversion ne s'est pas faite en un claquement de doigts. C'est qu'on a du me traîner aussi dans un temple du Navet du mauvais goût "Pas de Pitié pour les Navets" à Paris, (dont l'interview d'un des organisateurs qui expliquent justement l'émergence de la culture nanarisante est ici).

howard_the_duck_1986.jpgUn des premiers films que j'ais visionné avec eux est "Howard le Canard" truc absolument improbable produit par __George Lucas__ et qui manqua de couler Lucasfilms). Là j'ai compris que le nanar ne pouvait pas être un plaisir solitaire mais une expérience de groupe. J'ai enchaîné ensuite sur "2019 après la chute de New York", autre monument du nanar. D'un côté j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire dessus, le côté raté du film permettant de se lâcher véritablement dans l'écriture.

Grâce à eux, j'ai découvert des pépites comme "Poultrygeist" qui même joyeux nanar n'en est que très sincère dans son parfum nanar, assumant de bout en bout son côté film fauché ce qui donne un aspect libérateur et jubilatoire d'un film qui ne se prend plus au sérieux mais qui cherche surtout à faire plaisir à son spectateur qui est exactement dans le même délire.

Pour moi l'amateur de nanar sait ce qu'il regarde. Il a autant de respect pour un Scorsese que pour un Corman, il sait qu'ils ne boxent pas dans la même catégorie mais il respecte le travail de chacun. On peut suradorer la mise en scène de "Casino" et en même temps prendre son pied devant un "Mecha Godzilla". Aimer le nanar ne change pas non plus sa vision du monde. Il n'est pas vautré dans sa crasse. De plus il suffit de voir des sites comme la récente défunte "caverne des Introuvables" qui deviennent de vrais musées, gérés par des passionnés qui créent une sorte de cinémathèque virtuelle du cinéma Bis, Z, fauchés avec un soucis et un respect du collectionneur. Mais il ne faut pas perdre de vue que le cinéma bis, Z ou nanar, et navets sont tous différents, un nanar ne sera pas forcément un "Z" et reciproquement. De même "navet" et "nanar" sont deux choses diamétralement opposées.

Le vrai faux argument du second degré

jaquette.jpgDe même je ne pense pas qu'on puisse mettre ici le fameux débat du "premier et second degré" qui consiste à dire "je sais que je regarde de la merde mais je le regarde au second degré". On utilise souvent cela pour s'excuser de regarder la télé-réalité. Mais le nanar n'a rien à voir avec la télé-réalité. Le nanar/navet est création de fiction, d'entrée de jeu. La télé-réalité au contraire est scriptée comme une fiction mais packagée comme présentant des "personnes réelles". Et c'est surtout un zoo humain déplorable mais là n'est pas le sujet.

Bref, le public devant "l'amour est dans le près" n'est certainement pas le même que devant "the Blob". Car contrairemrent à ce que dit l'article, le spectateur de nanar ne cherche pas à se rendre plus intelligent que ce qu'il regarde, car il n'est pas dupe de la situation, à la différence d'un spectateur de tvréalité. Et affirmer en conclusion que l'amateur de Z ne cherche que la moquerie et la condescendance est sans doute nier sa propre cinéphilie, et je recite ici des commentaires du site.: la mission des Cinémathèque, telle que Langlois l'a révée, c'est la préservation et la diffusion du cinéma sous TOUTES ses formes, même les plus impures. Nier ça, c'est déjà commencer à rogner sa propre cinéphilie..

Il n'y a pas de cinéma honorable, de cinéma digne ou de cinéma honteux, inavouable. Il y a des cinémas, c'est la pluralité des gens et des styles qui fait sa richesse. Devrait-on noyer dans la Seine tous ceux qui se gargarisent d'avoir vu la filmo complête de Roland Emmerich? Non, car se sont sans doute eux qui en parleraient le mieux. Et ceux qui veulent brûler le nanar et leurs amateurs feraient bien d'en regarder quelques un de nanars....

meria.jpgmeriadeck@cinephilme.com