Pour conclure le débat lancé sur le précédent billet , pourquoi s'infliger pareille épreuve que ce film? Parce qu'il faut souvent voir des bons et des mauvais films pour recalibrer son échelle de goûts. Et se dire aussi que si un jour je me retrouvais avec une caméra entre les mains, je saurais en être digne et je ferais tout mon possible pour ne pas faire ce genre de .. truc... machin... chose.

Années 80, décennie maudite

295739_2600139282394_1222161306_33227258_1672800126_n.jpgUne soirée placée sous le signe des années 80 donc. Ah le doux revival des années 80. Comme chaque fois, la décennie du moment redécouvre ce qui se faisait 20 ans plus tôt, et la nostalgie recouvre le tout d'une allure presque agréable, ce côté "old school", "laisse le bon temps rouler".

Il suffit quand même de pas grand chose pour se rendre compte que l'on aura vécu sans doute une des pires décennies au monde en matière de musique, parfois cinéma, habitudes capillaires et vestimentaires. On serait tenté de dire que toute la décennie baigne dans un étrange univers un peu bizarre dont on n'arrive pas à trouver l'origine (et inutile de blâmer Tchernobyl qui arrive en 86). Non vraiment les années 80 étaient réèllement 'fucked up" dès le berceau, rien ne pouvait les sauver.

sabatier.jpgLa preuve en image? Il suffit de regarder le "cut" projeté juste avant le film. qui offre un condensé assez impressionnant du (mauvais) goût en cours à l'époque. On souhaiterait dire "Non ce n'est pas arrivé, non ce n'est pas arrivé". Mais les générations futures, elles sont là et et pointent vers leurs aînés un doigt interrogatif :"POURQUOI?".

Au milieu du montage l'apparition presque magique de Patrick Sabatier, l'incarnation même des années 80, du brushing impéccable et du sourire carnassier, de "Porte Bonheur" (si vous pensez que la téléralité est la lie des années 2010, laissez moi vous dire cette émission est un sérieux challenger. Desproges ne disait-il pas en son temps ""La sagesse populaire, on connaît. C’est elle qui a élu Hitler en 33, c’est elle qui va au foot à Bruxelles, c’est elle qui fait grimper l’indice d’écoute de « Porte Bonheur ».)

We Need A Montage# 44 -Spécial FluoFun- from Mathieu Berthon on Vimeo.


Le reste de l'animation avait des airs de Hipster Apocalypse, avec une bande de hispters armés de concombres braquant un auditoir médusé, pour être ensuite sauvé par l'irruption salvatrice d'une autre bande d'un genre Veronique et Davina du ghetto. Le tout enchaînant sur un concours de conception de boisson energétique dans laquelle les candidats ont du laisser quelques papilles gustatives sur l'autel de la compétition (en plus de gagner un lavage d'estomac gratuit au karsher aux urgences les plus proches). Il y a des choses, des évènements, qu'une suite de mots logiques et parfaitement ordonnés ne parvienda jamais à faire comprendre ou même saisir ce genre d'instants.

Suspension of disbelief, you're doing it wrong.

panther.jpgDès les premières minutes et ce générique d'un kitsch sans nom, "Panther Squad" affiche résolument son crédo "Toi qui entre ici abandonne tout espoir et surtout ton bon goût.". Issu d'un croisement douteux de coproduction franco-belgo-espagnole, financé par Vestron Vidéo (qui était la Cannon du pauvre, elle même considérée comme la Warner du pauvre, le tout tourné à Ostende et en Espagne) le film se déroule dans un futur proche, où une nouvelle organisation des Nations Unies (NOON) doit lutter contre une association éco-terroriste qui a détourné leur navette. Un futur tellement proche que l'on y roule en CX, GS, et BX. Pour tenter de sauver les astronautes, on fait appel à une équipe de choc, le Panther Squad.

Bon. Autant le dire tout de suite, le visionnage de la chose donne un impressionnant panorama d'une démission collective en matière de film. Ici, pour figurer New York on se contentera de coller un poster géant qui imite une fenêtre. On se contentera de trois figurants appuyant sur des boutons de manière frénétique pour donner l'illusion d'un centre spatial. On agitera une maquette dans tous les sens pour figurer un vaisseau en perdition. Et on collera un nombre impreessionnant de stock shots dans le premier quart d'heure, aux images toutes les plus dégueulasses les unes que les autres, sans se soucier une seule seconde de l'aspect crédible de la chose.


panthersquad.jpgLe film est à voir absolument rien pour cette impasse sur des principes élémentaires de montage son, ou de montage (intercaler un plan cut fixe au milieu d'une bagarre, mais pourquoi?? Couper dans le mouvement pour insérer une cascade, mais POURQUOI?). A vouloir dynamiser ses scènes, le monteur coupe parfois (volontaire, allez, gardons espoir) des scènes de dialogues, tronquant l'intrigue (il manque clairement des scènes, des plans). Au choix c'est un exercice de style et c'est totalement crétin. Ou alors c'était dans le scénario et là je n'ai plus de synonymes.

I accidentally my whole movie

panther2.jpgL'ensemble donne l'impression d'avoir été tourné avec un camescope dans le jardin d'un groupe de potes, plusieurs dimanches de suite. Parce que on a du mal à croire à la sériosité de l'entreprise. Au non-jeu des acteurs, aux trucages absolument Ed Woodesque (un simple carton appliqué sur l'objectif de la caméra pour figurer une vue subjective avec des jumelles, ARE U SERIOUS?).

Un seul acteur semble avoir compris tout le second degré de la chose, tentant de composer un personnage traînard, nonchalant, spectateur humaniste d'une folie des hommes qui le dépasse.(nos confrère de Nanarland parle d'une composition proche de Bosley du pauvre des "Droles de Dame" ). On lui doit par ailleur le seul vrai gag du film, le seul moment où le film pendant quelques secondes ne se prend plus au sérieux. C'est à peu près la seule ébauche de jeu d'acteur dans les 1h15 de métrage (le film paraît deux fois plus long au visionnage). Une fois, une seule fois, le réalisateur va tenter un procédé de mise en scène: un hommage discret mais très simple et efficace à Hitchcock et son "La Corde" avec cet effet de vrai faux cut quand un personnage s'avance vers la caméra et provoque un "cut"'. Mais la chose apparait incroyablement vaine et non avenue.

Et au moment où on se dit qu'on a touché le fond, le film va plus loin, creuse. On aura droit à un dictateur histérique,menaçant de faire sauter les centrales nucléaires avec son "barrage magnétique", l'assaut d'une base occupée par une trentaine de soldat par 8 amazones. Et pour finir, telle la cerise sur le gâteau, un superbe et magnifique "Rayon de la Mort". On se pince devant l'étendue du désastre. Car c'est le pouvoir de ces films. On ne les regarde pas par plaisir ou simplement par goût. Mais il y a quelque chose de fascinant dans ce naufrage, quelque chose qui donne au pire la nausée, au mieux le vertige..

Le summum étant, bien sûr, la petite mention au générique "Remerciement à l'Aérospatiale". Sans doute pour ne pas avoir porté plainte.

blackpanther01.jpgah oui et évidemment on note une fois de plus un très grand nombre de panthères à l'écran, pour changer.
Vous trouverez un dossier et une analyse pointue chez nos confrères de Nanarland


Panther Squad (Trailer) par Master_System



meria.jpgmeriadeck@cinephilme.com