Synopsis:
L'ourson Youk est devenu orphelin depuis que sa mère a été écrasée par un rocher. Recueilli par Kaar, un grand ours mâle solitaire, Youk sauve ce dernier en léchant les blessures que lui ont faites des chasseurs. Kaar apprend à l'ourson comment se nourrir en pêchant, en chassant, et comment séduire une femelle. Il lui enseigne aussi la façon de se défendre, notamment contre les dangers de leur milieu naturel (il le sauve des griffes d'un puma) mais aussi contre les hommes (des chasseurs accompagnés de leurs chiens). Malgré cela, Youk est fait prisonnier par les chasseurs. Mais Tom, un des chasseurs, se retrouve devant Kaar, désemparé. Le grand ours l'épargne, se souvenant que le même chasseur lui a déjà laissé la vie, alors qu'il était à portée de son fusil. Reconnaissant Tom relâche l'ourson, qui partira bientôt en quête d'une grotte pour hiberner avec son compagnon Kaar...

   j'ai glissé

PRINCIPE DE LA FONTAINE:
Parler des animaux pour mieux parler des hommes. Le principe même de la fable, le principe d'Esope, le principe de la Fontaine.
C'est une manière habile de parler, de masquer ses intentions politiques ou de glisser une idée derrière un chapitre. Ici, l'académicien s'explique:
"Après La Guerre du Feu, explique le réalisateur, je voulais aller plus loin, essayer de transmettre les émotions communes à toutes les espèces supérieures du monde animal. Éviter que les animaux aient des comportements calqués sur ceux des hommes, affublés de raisonnements de midinette, avec une voix off pour expliquer ce qui se passe."

Philosophiquement parlant, il est impossible de parler des émotions communes à toutes les espèces supérieurs du monde animal quand il est déjà difficile de rire à une blague de Bigard. Si l'intention est bonne, la finalité étant qu'en parlant de quelque chose, l'artiste communique avec son auditoire et comme celui-ci est principalement composé d'Homo Sapiens Sapiens et non de Formicidae et que ceux-ci applaudissent des deux mains et non avec leurs mandibules, il sera donc bien forcer de parler de choses que son public connait surtout quand il s'agit d'émotions.
Pour ma part, je nourris des doutes quant à la possibilité donc de faire pleurer un chameau, rire une loutre ou faire réfléchir Nadine Morano.

Mais reconnaissons le, "l'Ours" est une réussite complète qui tend au merveilleux et ce pour des raisons simples mais aux conséquences chaotiques. Le choix du décor naturel, le choix de vrais animaux, le choix d'une musique parfaite, d'une lumière, d'un montage excellent, le choix d'une absence de commentaire pour nous identifier davantage aux personnages, bref une mise en scène couillue font de ce film une œuvre qui nous serait impossible de produire aujourd'hui.

Il faut être fou.
équipe de tournage sans pare ballesIl faut être littéralement fou pour mettre en projet une aventure pareille qui d'ailleurs se voit à chaque plan. Tourner dans un lieu difficile d'accès, soumis à une climat capricieux avec des animaux. Il faut être fou. Il existe une liste longue comme le bras d'acteurs et d'actrice divas qui font des manières alors des animaux qui en plus ne sont pas payés, imaginez le bordel.

Pourtant, dès que Claude Berri (Dieu ait son âme) a vu la "Guerre du Feu" déjà un chef d’œuvre. Il signe avec Annaud un contrat blanc, un contrat où toutes les conditions du réalisateurs seront acceptés. Il faut donc être fou. Mais sans ce genre de fou, le cinéma n'existerait pas. (Alors oui Dieu ait son âme)

Annaud entame la préparation du tournage du roman de James Oliver Curwood pendant le tournage d'un autre chef d’œuvre de son cru "Le Nom de la Rose" avec Sean Connery. Gérard Brach se propose d'écrire l'histoire. Annaud enchaîne donc très vite la préparation de "l'Ours" avant même la sortie du Nom de la Rose. Il demande à ce que les ours s'entrainent le plus vite possible pour ne pas perdre de temps. Viennent ensuite les étapes d'écriture, de découpage et de repérage.

Cette dernière étape a été l'un des plus laborieuse. L'intrigue située en Amérique était un choix naturel. Mais en parcourant l'Europe pour la promotion du "Nom de la Rose", il est entièrement conquis par les paysages autrichiens et Bavarois. Hélas, les conditions climatiques exécrables ont poussé l'équipe à se replier dans les Dolomites en Italie. Ce qui en soit n'est pas dommageable.
Le tournage débute le 18 mai 1987 et durera 109 jours.

Les Ours:
pisse_pas_contre_le_vent.jpgSi on n'oublie pas les jours d'arrêt de tournage à cause du mauvais temps, Annaud reconnait une chose pratique rencontrée lors des tournages est que "La grande force des animaux-comédiens est de ne pas trop s'interroger sur leur métier." Heureusement pour nous Annaud ne s'est jamais attaché à tourner une comédie.... (sic)
Il faut quand même 4 ans pour former une des ces petites bêtes à poils. Dans ce cas précis, il en a fallu 14.

Quatorze plantigrades de tous âges pour tourner ce film dont deux principaux pour Kaar. Pourquoi autant ? Pour ne pas trop fatiguer les petites bêtes mais aussi parce que certains jouent mieux que d'autres certaines scènes. On privilégiera plus un animal qu'un autre pour ses aptitudes à la nage ou la grimpette dans les arbres. Ce qui parait logique.
Quant à Kaar donc, il a été interprété par deux frères nommés Bart et Doc. Deux stars dans leur domaine élevés Doug Seus (ci dessous avec Bart) qui s'est naturellement occupé d'eux lors du film et exclusivement d'eux, d'autres s'occupant de toute la ménagerie. Vous avez pu d'ailleurs les voir dans ces films; DougandBart2.jpg

  • 1994 : Terrain miné (On Deadly Ground)
  • 1994 : Légendes d'automne (Legends of the Fall)
  • 1996 : L'Armée des douze singes
  • 1997 : À couteaux tirés (The Edge)

Bart quant à lui a rendu l'âme en 2000.

Il faut donc bien se rendre compte de toute l'infrastructure humaine et animale que cette aventure a nécessitées. Des dizaines de dresseurs, des centaines d'animaux, des tonnes de nourritures et presque autant de patience.
Il est donc naturel de penser qu'avec les exigences du réalisateur et ses conditions de productions, le naufrage n'est pas loin et bien des films en sont témoins. Alors comment cette aventure s'est-elle heureusement si bien terminée?

Production et Tournage:
jean_jacques_avec_son_monocle_a_des_couilles.jpgOn signe un contrat blanc certes, on peut se retrouver dans des conditions épouvantables certes encore ,mais le film se conclut comme un chef d’œuvre. C'est en parti du à la conscience de la chance d'Annaud devait ressentir autour de ce projet. Pas fou non plus, il prévu à l'avance son découpage et savait ce qu'il voulait voir à l'image. Ce qui devait rassurer un peu le père Berri. Mais surtout pour les besoins de ce film, Annaud s'entoure des meilleurs dans leur domaine, toutes nationalités confondues. Il y a donc des Français, des Américains, des Italiens etc. Si la langue anglaise s'est imposée sur le tournage, elle ne soude par pour autant son équipe. Il lui faut donc l'aide d'un outil indispensable qu'est le story board et de ne surtout pas s'en écarter d'un iota.

C'est exactement ce qu'il fera.
Vous pouvez retrouver en ligne cet outil proposé par l'un de mes anciens professeurs de l'ESRA: Norbert Iborra et vous faire une idée du travail accompli sur ce lien http://www.norbertiborra.com/.
Aujourd'hui, les deux hommes ont cessé leur collaboration. Peut-être que ceci explique cela.

Mais surtout l'argent est dans ce genre d'aventure comme autant d'autre, le nerf de la guerre. Autant de personnel, dans un lieu perdu coute cher. Et si un plus que producteur mais un philosophe vous dit "ce qui importe dans un film ce n'est pas ce qu'il coûte mais ce qu'il rapporte": vous avez les reins solides.

Au final selon la monteuse du film Noëlle Boisson, L'Ours a nécessité 300 kilomètres de pellicule, 3 km montés pour un film de 98 minutes monté en 16 mois.

Mise en Scène:
jean_jacques_maitre_bouddhiste.jpgIl s'agit donc belle et bien d'une fable et d'une très belle fable parce qu'elle explore dans un parcours initiatique des penchants de l'âme humaine à travers le regard d'un animal innocent.

Traumatisant par sa première scène, amusant, terriblement espiègle ou émouvant dans les suivantes. Annaud donne sens à la bonté de l'acte humain à travers les griffes et les pattes de plantigrades alors que la bête quant à elle n'a pas de truffe et moins de poils sur les bras. Le jeune ours, à notre image, suit sa route mais par là même, celui qui se déplace sur deux jambes et qui le chasse apprend la compassion, le respect, en trouve la rédemption.

La beauté des décors occupant un cadre somptueux, l'espace sonore devait occuper un espace aussi grand par l'abandon de la voix off. Il fallait pour cela enregistrer des cris d'animaux mais aussi les arranger. En effet l'ours même s'il est un acteur plutôt bon mais qui ne participe aux réunions de préproduction comme le souligne avec humour Philippe Rousselot , le directeur photographe, pour souligner le caractère impétueux de ces charmantes bestioles, n'a que quelques variantes vocales qui limitent sa communication.
Il faut donc nécessairement mêler et mixer des sons de vrais ourson avec ceux venant d'une voix humaine et si vous faîtes attention vous entendrez Annaud lui-même.
Heureusement pour nous il ne s'est pas occupé de "la marche de l'empereur" ça aurait été beaucoup plus problématique.

je_vais_t__apprendre_la_peche_fiston.jpgEt honnêtement, le film ne vaut rien sans sa bande son. Faites l'expérience de couper le son, vous vous apercevrez que l'émotion du film passe par beaucoup par celle-ci. Pourquoi? parce qu'il y a des fautes de raccord à longueur de temps mais quand on tourne avec des animaux, comment faire autrement? Si l'ours ne veut pas jouer, il ne le fera pas. Personne ne pourra lui obliger. Donc l'espace sonore gomme les erreurs et unifie le film en profondeur.
Et honnêtement: qui les voit?

Analyse de scène;
Quelle scène choisir? il est difficile de choisir une scène de l'Ours, toutes ont une émotion un message particulier. Ce qui fait la magie de ce film: il a un sens.
Annaud explore beaucoup de sujet sans jamais se perdre, la paternité, l'amitié, la folie des hommes, les lâcheté et leur grandeur. La nature et la folie. L'écrin de cristal de l'intelligence si facilement brisé par la bêtise.
Je passe la scène horrible de la mort de la mère, celle là même qui traumatise. Je passe la scène de l'adoption de Youk, leur moments de complicités si touchant. La scène de retrouvailles entre le chasseur et son chien. La scène des champignons où l'on comprend où Gondry a puisé son inspiration. La scène choquante, où le chasseur joue et se moque de Youk et où il le fait dormir sur la peau de ses congénères. La scène du pardon final.
Mais j'aime particulièrement la scène du puma chassant l'ourson car elle résume à elle seule le film.


On commence par l'introduction de l'ennemi. Puissant, agile. Il trône au milieu de la montagne. Au loin, sa future proie Youk, seul sans défense à découvert dans la lande sifflante. Notez déjà la présence du vent, le son est oppressant. Instinctivement, vous n'êtes pas en confiance.

Travelling arrière, on répète le dernier plan. Youk s'amuse ne se doute de rien mais au loin par une mimique bien humaine le puma se lèche les babines. Il n'est plus simplement une lointaine menace, il devient dangereux.

Youk sent le danger, c'est la poursuite, il fuit, il fuit au plus vite. On entend sa respiration haletante. Par l'utilisation de longue focale, il semble plus petit encore plus inoffensif comme une marmotte. Caché derrière un rocher, il pousse un cri le premier. On entend le cri d'un enfant.
Le puma le poursuit inlassablement et gagne du terrain. Les bruits de Youk deviennent encore plus humains. Il trouve un pont naturel, fragile, peut-être une porte de sortie. Hélas un cul de sac. Déception sa mort est certaine. Il faut rebrousser chemin, c'est la chance du puma, il s'élance, lui bloque la route. L'ourson est terrorisé, il a déjà perdu sa mère. Il tremble, peine à trouver son équilibre, recule instinctivement.
Gros plan sur les dents du puma. Peur. L'ourson chute tente de s'accrocher. Maintenant ce sont les éléments qu'il doit affronter et il peine à nager. Il crie. Il trouve une branche.

Je peine à imaginer ce que l'animal lui-même a subit. Peut-être avait-il vraiment peur, sûrement est-il totalement en sécurité. Mais c'est là, la magie du cinéma. Nous raconter une histoire avec des images qui peuvent ne pas raconter ce que vous voyez.

L'ourson est un instant à l'abri, mais le puma le rattrape, le double et l'attend au bas de la rivière.
La victime s'en rend compte, tout penaud frigorifié, il cherche une solution. Gros plan sur le regard affamé du puma. Voici le visage de son assassin.
Youk se jette à l'eau il n'a pas le choix. le chat hait l'eau, il ne s'y risquera pas. Rage.

L'ourson doit nager en contre sens mais le courant est trop fort. Satisfaction primal de son adversaire. l'orson gagne la rive et échappe de peu au griffe du félin.

Respiration. Coup de griffes. Cri de souffrance de Youk. Il est épuisé ne peut plus se défondre. Il donne ses dernières forces. Il saigne, son cri de douleur s'associe au son désespoir. Devant le visage ensanglanté de sa victime le puma se fige. L'ourson crie, crie encore.
Victoire le puma panique et fuit.

Derrière Youk qui ne le sait pas son ami cri avec lui. Le puma ne fuyait pas devant Youk mais devant Kaar. Humour soulagement. Le puma dans sa fuite tombe dans l'eau. Youk entend son ami.
Il se retrouve et Merci. Kaar rend à Youk la politesse de son geste en lui léchant sa plaie. C'était le geste qui les avait uni. Les voici maintenant un peu comme père et fils sous l'hospice de la montagne et de la lumière qui faiblit.

Conclusion;
l-ours-332883.jpgAujourd'hui nous pleurons Jean-Jacques Annaud malheureusement porté disparu.
Il était revenu, l'an dernier pour un film avec Banderas, Rahim et Pinto dont j'avais fait la chronique qui n'était pas à la hauteur de ces premières œuvres. Annaud reste malheureusement le cinéaste d'une époque qui n'a pas réussit à se renouveler.
Pour autant, nous avons beaucoup à apprendre de la filmographie de cet homme qui nous a beaucoup apporté.

Quelques liens:
Pour commander le livre de tournage, véritable mine de renseignement:
http://livre.fnac.com/a1067308/Jean-Jacques-Annaud-Les-secrets-de-l-ours

Le site de la cinémathèque consacré à ce film:
http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/revues-presse/accueil-critique-films-rousselot/ours.html

Enfin le site du maître:
http://www.jjannaud.com/ours.swf

Bande Annonce:


L'Ours Bande annonce et lien par hubbard


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