Souvenez vous

bessonspielberg.jpgIl y a très longtemps, dans une lointaine galaxie, existait un réalisateur plutôt surdoué qui voulait révolutionner le cinéma Français. Il commença petit avec un film fauché "le Dernier Combat". Puis il enchaîna avec d'autres films et explosa vraiment avec "Le Grand Bleu". A partir de là, il continua dans la voie du succès avec "Léon" et surtout "Le 5ème Élément". Son dernier film que la critique et le public apprécia fut "Jeanne d'Arc" même si certaines choses sont critiquables.

A une époque, on le considérait même comme l'égal d'un Spielberg hexagonal. Il était une référence, celui qui pouvait et voulait changer le cinéma de genre en France. Sa barbe et son bonhomie, son côté jusqu’au-boutiste, il pouvait tout se permettre. Et puis... Et puis c'est le drame.

Début 2000 on ne sait pas trop pourquoi mais il écrit "Yamakasi". Il le produit, au travers de sa nouvelle boîte de production, "EuropaCorp"

Soudain, c'est le drame

le début de la finEt là personne ne semble comprendre ce qui c'est passé. On est en face d'un film totalement con, avec des stéréotypes de la taille du Texas concernant la banlieue. Les médecins sont présentés comme des rapaces, même le syndicats des infirmiers s'insurgent de l'image de l’hôpital véhiculé par le film. Mais Luc n'en restera pas là.

La décennie 2000 va voir l'explosion de ce genre de films sous l'égide d'EuropaCorp. Du blockbuster facile, décomplexé et totalement loupé. Mais ça cartonne. Plusieurs millions pour la série des "Taxi". Luc écrit, signe. "Le Baiser Mortel du Dragon" ("mortel", car pour un problème de droit, il ne pouvait pas utiliser le titre du film d'origine) reste un nanar incroyable, le début de la fin pour Jet Li (la même année il va aller se noyer dans un autre nanar "The One").

Mais Luc ne se démonte pas. En dix ans il va signer pêle-mêle: Le Transporteur (1,2 et 3), Taxi 3 et 4, Fanfan la Tulipe, Michel Vaillant, Les Rivières pourpres 2 : les Anges de l'Apocalypse (là aussi un nanar comme jamais la France n'avait pu en produire, Luc réussit l'exploit d'inventer des yamakasi nazis dopés), Banlieue 13 (1 et 2), Bandidas, Taken...
En 2005, il décide de revenir derrière la caméra avec "Angel-A". Projet audacieux, en noir et blanc. Le film est un échec critique et public. Puis il tente sa chance dans l'animation en images de synthèse, un domaine où la France a quelques retards. Si le premier volet d'Arthur trouve son public, les deux autres restent de grosses contre performances. Beaucoup d'argent perdu. Et si Luc n'était plus ce qu'il était?

Plus dure sera la chute

luc_besson-thumb.jpgDepuis plusieurs mois rien ne va plus à EuropaCorp. Ambiance "les caisses sont vides". Ses associés se font la malle. Son dernier film "The lady" qui se voulait un grand film, cela devait être sa "Liste de Schindler", cela s'est surtout avéré être un ratage sidéral et on comprend la position d'Aung San Suu Kyi quand elle dit pudiquement "Ne pas l'avoir vu".. .

Sa Cité du Cinéma a vu son inauguration repoussée, même Angelina Jolie l'a plaqué à quelques semaines d'un tournage. Il tente d'ouvrir une école de cinéma dans sa coquille vide de "Cité du Cinéma". Il annonce un nouveau tournage, avec un casting de choix, De Niro, Tommy Lee Jones, etc etc.. mais surtout, surtout, une adaptation de "Valérian". Et alors là je dis, mec, ne fais pas l'enfant, pose cette caméra.

Parce que quand on voit le désastre et le naufrage de ces dernières productions, quand on voit le nom d'Angelina Jolie pour incarner Laureline (on voit clairement la ressemblance), on a peur. On a qu'une envie, que ce Valerian reste encore un territoire encore vierge. On ne veut pas du ratage de "Adèle Blanc Sec". Cela suffit. Il y a un moment de tolérance. Tu fais ce que tu veux avec ton argent, mais tu ne casses pas l'enfance et les jouets des autres. Va signer un "5ème Élément 2: Revenge of Zorg".

Cela fait plus de dix ans que Luc Besson n'est plus à même de réaliser un film. Il a perdu son "mojo". Certains réalisateurs ont connu pareil passage. Ridley Scott a pas mal galéré lui aussi et il se souvient parfois qu'en des moments d'égarement il a réalisé "GI Jane". Spielberg a produit quelques étrons, mais il n'est jamais abaissé à les écrire.

Vu d'ici son prochain projet "Malavida" peut sembler intéressant. Un tel casting, il y a 10 ans, j'en aurai mouillé mon caleçon. Aujourd'hui Michelle Pfeiffer cachetonne dans un mauvais Burton, Tommy Lee Jones enquille un moyen MIB3 et la carrière de De Niro est en état de mort cérébrale depuis 1999. Et il y a quinze ans, j'étais tombé sur un article qui comparait Besson à un adolescent qui n'aurait pas fait sa crise d'adolescence, un éternel lycéen aux écrits indigents. A l'époque j'avais presque été vexé, parce que j'aimais VRAIMENT ce que faisait Besson. Aujourd'hui je le considère comme le fossoyeur d'un cinéma qu'il a lui même permis d'exister. Mais des scénarios indigents ont fini par tuer l'enfant prodige.

S'il te plaît Luc, c'est un ami qui te parle

Regarde là bas, il arrive, c'est Luc Besson, serre moi fort j'ai peurÉcoute la voix de la raison, celui qui te suit depuis des années, qui fit le mur au lycée pour aller voir le jour de sa sortie "le 5ème Élément". Valérian, c'est mon héros de SF BD préféré. Si seulement Caro et jeunet pouvaient s'associer à nouveau et prendre en main le projet. Mais pas toi, s'il te plaît. Tu as fait suffisamment de mal ainsi.

Depuis que j'ai lu cette news, le malaise m'habite. Je dors mal. J'ai peur. Je suis comme le veau qu'on traîne à l'abattoir. Je dis non. Je me dis que c'est impossible, quelqu'un va venir t'arrêter avant l'irréparable, et dire, calmement, sagement, peut être accompagné d'une dizaine de policiers d'élite, Luc, il est temps d'arrêter. Tu es dans une antichambre, un purgatoire. Au delà, tu vas devenir un Uwe Boll Français.

Dramatique chute pour celui qui fut un temps le Spielberg local. Peut-être que le temps de la sagesse est venu, use de ton carnet d'adresse, propose à Caro et Jeunet de reprendre le flambeau, peut-être que ça effacera leur brouille. Qui sait. Je t'embrasse Luc, en souvenirs de tous tes films qui étaient bons, vraiment bons.

Tu sais, avant.

PS: j'avais oublié de revenir sur l'improbable ratage d'Adèle Blanc Sec, Louise Bourgoin et le reste. Mais par pudeur, je vais m'abstenir pour qu'on reste en bons termes.

meria.jpgmeriadeck@cinephilme.com