O.F.N.I: Objet Filmique Non Identifié.

HolyMotors-Kylie.jpgAssister à un tournage de Leos Carax est une aventure et regarder l'un de ses films relève presque de la désinvolture.
Et c'est bien pour cela que je ne vous propose pas le traditionnel synopsis: parce que clairement, il n'y en a pas.
Le film de Carax est plus une suite de scènes, d'impressions sur un anti-héros qui dans sa loge limousine se prépare à celles-ci. Vous en dire plus serait un affront, un gâchis superflu.
Grâce à ce procédé, le réalisateur applique toutes ses folles envies. Il y met ses névroses, ses envies, ses points de vue esthétiques. Un peu comme Lynch à la grande époque.

Surtout Carax ne se refuse rien. Il fait écho à Chaplin et à ses temps modernes, il se fait écho à lui-même en tournant à la Samaritaine. Il ose des images que l'on n'a jamais vues auparavant, tout en les mélangeant à des astuces narratives plus anciennes comme l'entracte. Pour celui-ci je vous laisse la musique "Let my Baby Ride" par Denis Lavant et Doctor L une reprise de RL Burnside. Mais tout ceci pour quoi faire?

Possible Explication:

HolyMotors-EvaMendes.jpgEt déjà en voulant expliquer, je me trompe.
Ou en tout cas, je fais preuve de prétention.

Mais voilà, à mon sens l'ensemble du film est justifié par la première scène. Si on ne la comprend pas, on ne peut avoir les clefs en main pour comprendre le film qui est pourtant loin d'être une expérience rationnelle.

Nous assistons au réveil du rêveur. Ouverture classique.
Le rêveur en question n'est autre que Carax lui-même, accompagné de son chien (qui ne l'a pas quitté d'une semelle lors du tournage). Premier geste, il s'allume une cigarette (et j'ai rarement vu un mec autant clopé). On découvre avec lui, la chambre d'hôtel proche d'un aéroport dans laquelle il se trouve. Exploration hasardeuse. Il tâtonne les murs, trouve une aspérité que l'on finit par identifier comme étant un trou de serrure. Son doigt se transforme et devient une clef. Mais attention par n'importe quel doigt; son majeur. Et avec son Majeur ainsi présenté, il pénètre le trou et nous ouvre le mur. Le mur qui est en fait le mur de son imagination ouvert avec un gros "FUCK". À ce moment, il nous dit clairement, "les enfants, c'est à prendre ou à laisser".
Coin Coin.

La suite est presque aussi parlante, mais je vous en laisse la surprise.
Surtout ce qu'il faut entendre comprendre, c'est le lien qui unit l'acteur principal Denis Lavant à son réalisateur et qui fait que cet acteur est totalement le réalisateur porté à l'écran. Denis Lavant est un acteur formidable qui propose une humanité incroyable à ses personnages et fait tout ce que l'on lui demande de faire. On lui dit "Denis jette-toi sur le sol et frotte toi la peau du front sur le macadam sur le sol", il le fait. On lui dit "Denis, faudra que tu marches pieds nus dans les égouts parisiens", pareil. On lui dit "Denis, tu joues de l'accordéon" Fingers in ze noze. on lui dit "Denis, je te présente Eva Mendès... ah bah je vois que t'as compris."

Et qu'est qui les unit dans ce film outre le fait que Denis soit dans toutes les oeuvres de Carax, c'est le geste de la clope. Tous les personnages à deux exceptions près, fument et s'allument des clopes et c'est très loin d'être un hasard.

Carax a le souci le souci du détail. Il ne dit pas grand chose sur le plateau mais par contre son image est parfaitement maîtrisée, il y a à la fois une économie de parole, une discrétion et une gentillesse qui sont à des années lumière du baroque de ce film. Il sait exactement quelle chose va agir sur le spectateur et comment ça va marcher. Ce film était déjà dans la tête de Carax avant même d'être tourné.

One Vision:

HolyMotors-ToitSamaritaine.jpgIl faut donc en arriver à la conclusion que ce film n'est pas un film à narration, il est plus que cela: il est une mise en image de sensations. C'est un film d'expérience, je dirai même c'est un film que l'on peut toucher tant il est sensuel, vivant et sauvage. Il est un peu comme un serpent qui filerait sans cesse entre les doigts.

Ce qui est à retenir, c'est qu'Holy Motors est un film fort, qui balaie les conventions, éclate les structures, joue avec l'ennui, crée la confusion. C'est un film dont il faut admirer la liberté de ton, la sagacité du propos et l'ampleur de la forme.

C'est un film difficile, hermétique au grand public. Il faut faire confiance au réalisateur, nous laisser nous surprendre pour en saisir l'essence.

Je suis très fier d'avoir pu contribuer à ce film, lors de son tournage.
C'est un film qui faut défendre Pour sa force, pour sa liberté, pour l'amour du cinéma.

Bande Annonce:


Namasté Mr Carax.

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manemos@cinephilme.com