Les tueurs à gages sont fatigués

kill-list-2.jpgSi on entrait dans "The Grey" comme dans une église, on entre dans "Kill List" comme dans un cauchemar. En prenant soin de ne regarder aucune image du film, ni même se renseigner un tant soit peu sur l'histoire - a ce titre l'affiche française est incroyablement mensongère - on prend le film de face, sans échappatoire aucun, une longue course éperdue dans un tunnel sombre.

Ce qui frappe au premier abord, c'est le découpage du film, ses premières minutes, qui paraissent comme des tranches de vie anodines d'un couple ordinaire dans une banlieue de la campagne anglaise. Puis le basculement, très lentement. Le film évite le piège des clichés des tueurs à gages. Les deux acteurs principaux sont très bons dans leurs rôles de tueurs blasés de seconde zone. Peu à peu le cauchemar prend forme...

Malaises en série

kl.jpgLe réalisateur a une maîtrise de l'image et du son, du montage comme rarement. Il provoque malaises sur malaise, jusqu'à étouffement. Rarement des simples scènes familiales ou la cuisson d'un civet de lapin auront été aussi inconfortables.

Il ne faut pas chercher une cohérence ou essayer de "comprendre" la trame du scénario car il y a clairement quelque chose qui nous échappe - ce qui est cocasse venant de quelqu'un comme moi qui critiquait la même chose chez "Prometheus". Il faut se laisser prendre au jeu et plonger en même temps que les personnages dans ces méandres glauques, tout juste ponctués par des éclats d'ultraviolences - après les films coréens, une fois de plus les marteaux vont avoir une sale réputation.

Car cette volonté de ne pas tout expliquer aux spectateurs renforce un peu plus le malaise total qui vient le prendre et qui l'emporte. Un sentiment qui prédomine tout le long du film, un très long cauchemar dont on voudrait sortir. "Kill List" est une des plus grandes réussites du genre, navigant avec un brio incroyable entre l'angoisse, le film noir et l'horreur totale. Il attaque aux tripes et ne vous relâche plus. Je ne veux pas rentrer plus dans les détails au risque d'éventer l'intrigue et de gâcher l'effet de surprise. "Kill List" se déguste, je pense. A noter que le film est interdit au moins de 16 ans et à raison.

On sort de la salle en silence, sonné. Le silence qui vient après "Kill List" est aussi de "Kill List".


meria.jpg

meriadeck@cinephilme.com