(Attention ce billet est long, chiant et parle principalement de quelqu'un mort que nous ne connaissiez pas avec pleins d'anecdotes personnelles absolument sans intérêts)

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Il y a quelques jours, je regardais pour la millième fois un épisode de Profession Critique, vieille (oui, vieille, on parle du milieu des années 90, 45% des gens qui lisent cette phrase n'étaient pas nés) série de canal + mettant en scène un critique dégarni, ses TOCs, ses angoisses, son evil-ex, sa passion pour ses films. Bref tout un univers dans lequel je me confondais à l'époque et qui m'amena bien malgré moi à n'avoir plus qu'un seul but dans la vie : être un critique de cinéma gros, joufflu, à moitié chauve et mal dans sa peau. 20 ans plus tard, je dois dire que je m'en sors plutôt bien.

Et dans cette série, il y a un épisode, pas le meilleur – la série fut assez inégale mais garde quelques pépites – celui mettant en scène le couple de critiques Gene Siskell et Roger Ebert – de vrais critiques pour le coup. J'avoue à l'époque je ne connaissais pas Siskell et Ebert. Internet n'existant pas encore, je ne pouvais pas aller checker leur bio sur Wikipédia. J'ai gardé leurs noms dans un coins.

ebert2.PNGAu fil des années de mes études de ciné, j'ai recroisé leur chemin. Je me souviens avoir appris la mort de Siskell, vers 99 ou plus tard quand j'ai peut-être eu enfin internet et que j'ai voulu me tenir au courant. Au fil du temps j'ai suivi les critiques de Ebert. Je n'étais pas d'accord sur tout – il colle quand même 2.5 étoile aux « Âmes Vagabondes (The Host, éreinté par la critique) » une semaine avant son décès – mais il était là comme une sorte de référence. J'avais suivi son combat contre la maladie qui va le mutiler de la manière la plus tragique : lui le critique volubile ne pourra plus parler.

Mais il s'est battu, il n'a jamais baissé les bras et a continué d'embrasser ce qu'il aimait, les films. Je lisais qu'en 2012 il avait écrit plus de 300 critiques et vu autant de films.

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Et comme beaucoup, je suivais son twitter, sa page FB. Je n'étais pas un fan, mais c'était Roger Ebert, quoi, merde. Je regardais parfois les vieilles vidéos du duo sur Youtube – d'immondes transferts VHS aux couleurs qui bavent. J'en ai encore regardé en écrivant cet article. Il faut voir Siskell s'extasier sur Retour vers le Futur et voir qu'il a tout compris au film, au moteur du film. Et Ebert comparer le film à un film de Capra. Certes, certains reprocheront à Ebert des choix artistiques tranchés - par exemple sur la Porte du Paradis. De faire la pluie et le beau temps dans la critique ciné.

Pour moi il faisait parti de l'univers "cinéma", quelque chose qui est là, intangible. Difficile d'expliquer mais c'était une figure familière. Et puis surtout il y avait cette histoire touchante de ce duo stoppé par la maladie.

ebert3.PNGEt puis hier soir, la nouvelle qui tombe. Puis je repense au reste, à cet épisode, terriblement émouvant quand on repense ce qui suit. Ce matin, j'ai lu un peu tous les articles, vu passer quelques commentaires qui me donnent envie de coller des pains. Certains s'émeuvent qu'on le porte trop vite aux nus, regrettent une « starification », d'autres lui reprochent déjà d'avoir donné son avis sur tout « Le monde du cinéma respire mieux aujourd'hui », certains encore affirment ou mieux « Mollo c'est pas André Bazin ». Bon difficile de rester courtois et calme quand on lit ce genre de trucs. Mais bon. C'est le ressenti qui parle. Je ne vais pas faire la police de la pensée. Oh, wait.

Ebert était un critique parmi d'autres critiques. Et il avait une connaissance, il a su populariser la critique, il en parlait avec amour, et les films qu'il détestait il le faisait aussi de tout son cœur et avec toute la mauvaise foi qu'un cinéphile se doit de posséder. Le duo Ebert et Siskell aura clairement révolutionné la critique à la télévision. Mais là aujourd'hui, c'est comme un gros blues, comme un gros vide que rien ne va remplacer. J'ai ressenti ça à la disparition de Stan Winston. Plus récemment pour Tony Scott. Je regardais ce matin cet épisode de Profession Critique, ému aux larmes. J'ai cette impression d'avoir perdu quelqu'un de proche, c'est tout à fait étrange et stupide. Et je suis heureux parce que peut-être quelque part ce fantastique duo s'est peut-être enfin reformé.

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